Ouverture du transport ferroviaire à la concurrence: Les prix vont-ils baisser pour les voyageurs?

INTERVIEW Rien n’est moins sûr, répond Claude Abraham, l'auteur d’un rapport dévoilé ce mercredi par le Centre d'analyse stratégique (CAS)...

Propos recueillis par Mathieu Bruckmüller

— 

Un TGV de la SNCF à Perpignan en janvier 2011.
Un TGV de la SNCF à Perpignan en janvier 2011. — DAMOURETTE/SIPA

L’ouverture globale du transport ferroviaire à la concurrence est inéluctable. C’est déjà le cas pour le transport de marchandises depuis 2007 et pour les liaisons internationales depuis 2010. L’an prochain, la Commission européenne soumettra aux Etats et au Parlement un projet de règlementation pour libéraliser totalement le train probablement à l’horizon 2017-2018. Un rapport publié ce mercredi par le Centre d’analyse stratégique (CAS), rattaché au Premier ministre, enjoint les autorités françaises à amorcer le mouvement d’ouverture dès aujourd’hui. Objectif: s’adapter à cette échéance au moyen d’expérimentations progressives sur certaines lignes.

Mais, cette concurrence généralisée permettra-t-elle une baisse des tarifs pour les usagers comme l'espéraient 71% des Français dans un récent sondage? Claude Abraham, président du groupe de travail à l’origine du rapport, répond aux questions de 20 Minutes.

Quel sera l’impact de l’ouverture à la concurrence sur les tarifs?

Tout va dépendre des modalités. Pour les lignes conventionnées (TER, Lunéa, téoz et Intercités ndlr), là où il y a urgence selon nous, il est vraisemblable que les autorités autorisatrices, l’Etat et les régions, mettront en priorité comme condition la réduction des subventions qu’elles accordent à celles-ci. L’ensemble du système ferroviaire coûte 21 milliards d’euros en France chaque année et les usagers ne paient que 9 milliards d’euros. Le rail est très lourdement subventionné. Comme le budget public est de plus en plus étranglé, on peut imaginer que les collectivités accordent ces marchés à des acteurs qui vont leur permettre de réduire les sommes engagées. Cependant, on ne peut pas exclure que certaines régions demandent aux soumissionnaires des propositions de tarifs originales ou des améliorations en terme de qualité de service.

Quid des TGV et des liaisons internationales?

Là, il n’est pas exclu qu’il y ait un impact sur les tarifs. Pour conquérir la clientèle, les nouveaux venus vont devoir offrir des réductions tarifaires sous réserve qu’ils arrivent à maintenir leur rentabilité. Il ne faut pas oublier que l’ouverture à la concurrence sur ces lignes est très complexe. Mais à terme, on peut imaginer le développement d’opérateurs low cost avec des services très réduits comme la suppression des wagons-bars, une densité de sièges plus importante comme dans les avions, des billetteries 100% électroniques…. Tout est possible, mais le risque est considérable car il faut investir lourdement et le train coûte cher.

Quels sont les acteurs susceptibles de venir concurrencer la SNCF?

Il n’y en aura pas cinquante. On peut penser à Veolia et la Deutsche Bahn par exemple. Pour la SNCF, cette concurrence est une menace et une opportunité. D’un côté, elle pourrait perdre des plumes, mais en même temps elle pourrait s’y retrouver. En Allemagne, l’ouverture à la concurrence a été faite astucieusement. Au final, l’opérateur historique, la Deutsche Bahn, a perdu des parts de marché mais a vu son volume de trafic s’accroître.