Prix des médicaments génériques: La France est le deuxième pays le plus cher en Europe

ECONOMIE Ils sont trois fois plus élevés qu'aux Pays-Bas…La France doit-elle changer de modèle de régulation des prix?...

Mathieu Bruckmüller

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Illustration médicaments, le 23 octobre 2009.
Illustration médicaments, le 23 octobre 2009. — PureStock/SIPA

Bien, mais peut mieux faire. Beaucoup mieux faire. Côté pile, les génériques ont permis d’économiser 1,3 milliard d’euros en 2010. Grâce à eux, entre autres, la croissance des dépenses de médicaments a été la plus faible de la décennie à 2,2% pour atteindre  les 23,1 milliards d’euros.

Les prix sont trois plus élevés en France qu’aux Pays-Bas

Côté face, les prix des génériques sont bien plus chers que dans la plupart des pays européens, selon une étude menée par l’Assurance-maladie sur 74 molécules génériques. Leur prix moyen par unité standard est de 15 centimes contre 12 en Allemagne, 10 en Espagne, 7 au Royaume-Uni et même 5 centimes aux Pays-Bas. La France est le deuxième pays où les prix sont les plus élevés. La Suisse prend la première place de ce palmarès avec un coût de 30 centimes par unité.

Ainsi, par exemple, le prix des statines génériques qui luttent contre le cholestérol, est de 28 centimes en France par unité contre seulement 5 centimes aux Pays-Bas.

Pire encore, c’est en France que les génériques contre l’hyper-tension sont les plus chers: 27 centimes par unité soit quatre fois plus qu’en Allemagne ou aux Pays-Bas.

Les sources d’économies sont donc énormes. Si les prix des génériques étaient les mêmes en France qu’au Royaume-Uni, l’Assurance-maladie ferait des économies d’un milliard d’euros par an. Ces écarts entre les sept pays européens visés par l’étude (Allemagne, Italie, France, Pays-Bas, Suisse, Royaume-Uni, Espagne) s’expliquent par les différences de politiques de régulation des prix.

Des politiques de régulation différentes

Chez nous comme en Autriche ou en Belgique, par principe, le prix du générique est décoté de 55% par rapport au princeps (médicament de marque).

En revanche, en Allemagne ou aux Pays-Bas, les caisses d’assurance maladie réalisent directement des appels d’offres auprès des fabricants de génériques pour obtenir les meilleurs prix.

En Angleterre, «le prix du générique résulte d’une mise en concurrence des industriels par les pharmaciens à qui un rôle d’acheteur est confié. Les économies réalisées sont partagées entre les pharmaciens et l’assurance maladie», pointe l’étude. 

Faut-il que la France s’inspire de modèle? Peut-être. A tout le moins, elle peut le faire évoluer.  Frédéric van Roekeghem, directeur général de la Caisse nationale d’Assurance-maladie souligne qu’à l’heure actuelle, il a une préférence pour la solution utilisée par le système britannique.

La consommation de génériques patine

Dans tous les cas, la discussion reste ouverte. Et elle est d’autant plus importante que la consommation de générique en France semble avoir atteint un plancher. «Si le taux de substitution des médicaments de marque par les génériques demeure à un niveau très élevé (près de 80%), des difficultés indéniables apparaissent aujourd’hui pour certaines molécules, pour lesquelles la substitution n’atteint pas le niveau souhaité», souligne l’Assurance-maladie. Ainsi, le taux de substitution du clopidogrel (Plavix) est passé de 68% à 62% entre mars 2010 et juin 2011.

D’ailleurs, les différences de prix entre les médicaments de marque et les génériques ne sont parfois pas assez importantes pour que les médecins prescrivent plus facilement ces derniers, souligne-t-on du côté de l’Assurance-maladie. Raison de plus pour s’attaquer sérieusement aux prix des génériques en France.