Sous la pression des marchés, les grandes banques françaises réduisent la voilure

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Rassurer des marchés sceptiques sur leur solidité financière tout en faisant le dos rond aux rumeurs de recapitalisation par l'Etat: telle est la position adoptée par trois des principales banques françaises, qui vont notamment céder des actifs.

Victimes de chutes vertigineuses à répétition en Bourse, BNP Paribas, la Société Générale et le Crédit Agricole ont annoncé à tour de rôle et en l'espace de quinze jours, ces mesures orientées dans la même direction.

En cause, la défiance de plusieurs grands pourvoyeurs de liquidités en dollars, inquiets de la crise de la dette souveraine en zone euro, qui ont réduit depuis le début de l'été leur financement aux banques européennes.

Et les banques françaises sont de grandes amatrices de financements en dollars.

Face à la dégringolade de leurs titres (la valeur en Bourse de ces établissements a été divisée par deux depuis juillet), elles ont décidé de "réduire la voilure", selon Pierre Flabbée, analyste de Kepler Capital Markets.

Elles "tirent la conclusion que l'accès à certaines sources de financement en dollars sont durablement perdues", estime l'économiste.

La Société Générale prévoit ainsi une réduction de 5% de la base de coûts en banque de financement et d'investissement, son activité tournée vers les grandes entreprises, ainsi que l'accélération des cessions de titres, américains pour l'essentiel.

A l'instar de ses consoeurs, elle compte également poursuivre la réduction de la taille de son bilan afin de limiter ses besoins de financement en 2012.

La réduction de la taille du bilan permet à une banque de renforcer automatiquement sa solidité financière, puisque celle-ci se mesure en comparant le montant de ses fonds propres au montant des prêts qu'elle a accordés.

BNP Paribas prévoit plus spécifiquement de réduire ses activités spécialisées dans les prêts hypothécaires dans plusieurs pays d'Europe, et dans le courtage des prêts hypothécaires en France.

Le Crédit Agricole a lui annoncé mercredi vouloir diminuer son endettement de 50 milliards d'euros entre juin 2011 et décembre 2012. Il va réduire le besoin de financement de son pôle de banque de financement et d'investissement et celui de ses services financiers spécialisés.

Mais c'est sa banque de détail, qui prête aux particuliers et aux PME, qui va le plus contribuer à ce programme de désendettement, avec une économie souhaitée de 21 à 23 milliards d'euros.

Que ces activités-ci, dont dépendent par exemple les crédits à la consommation, soient concernés n'est "pas positif a priori pour l'économie", s'inquiète M. Flabbée.

Du point de vue des marchés, ces mesures sont toutefois "un élément de réponse", selon lui, même si "elles ne règlent pas tout", souligne l'analyste.

"Il y aura d'autres étapes à franchir", ajoute-t-il. Car en dépit des multiples démentis, les rumeurs de recapitalisation par l'Etat ont la peau dure sur les marchés.

Les trois établissements bancaires s'y opposent fermement et se targuent d'atteindre en 2013 un ratio de fonds propres "durs" (capital social et bénéfices mis en réserve) d'au moins 9%, plus que prévu à cette date par le nouveau cadre réglementaire dit Bâle III.

Mais pour Eric Delannoy, du cabinet Weave, "il n'y a rien qui puisse rassurer les marchés", pris dans un cercle sans fin d'irrationnalité, à part peut-être une décision des gouvernements européens.

Selon lui, les problèmes de financement en dollars ne sont pas la cause réelle des mesures prises par les banques, mais le déclencheur pour mettre en oeuvre des projets destinés à remplir les objectifs de Bâle III.

"Les banques françaises ont juste pris de l'avance", en cherchant à se dégager en particulier de leurs activités auprès des grandes entreprises.

Mais au vu de la fébrilité des marchés, qui ignorent les bons résultats financiers, cette démarche pourrait bien "être interprétée, à tort, comme un aveu de faiblesse".