Grèce: le débat sur une plus grande implication des banques s'accélère

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Plusieurs dirigeants et banquiers européens envisagent déjà une révision du second plan d'aide à la Grèce, adopté fin juillet mais toujours en cours de ratification, qui prendrait en compte une participation accrue des créanciers privés, soit principalement les banques.

La chancelière allemande Angela Merkel a publiquement évoqué cette hypothèse mercredi, tout en la conditionnant aux conclusions des représentants des grands créanciers publics de la Grèce, attendus sur place avant la fin de la semaine.

La troïka des émissaires du Fonds monétaire international (FMI), de la Banque centrale européenne (BCE) et de la Commission européenne doit ainsi s'assurer du respect par la Grèce de ses engagements en matière de finances publiques.

"Devons nous renégocier, ou ne pas renégocier? Nous préférerions bien sûr que les chiffres restent inchangés, mais je ne peux pas anticiper (les conclusions de) la troïka", a déclaré la chancelière allemande.

Selon le Financial Times, sept des 17 membres de la zone euro pousseraient déjà pour une contribution renforcée des créanciers privés, emmenés par l'Allemagne et les Pays-Bas. L'édition allemande du Financial Times a même rapporté mercredi que des négociations étaient déjà en cours.

Des rumeurs évoquant une décote supplémentaire de la dette grecque, portant la réduction à 50% au total, ont circulé la semaine dernière, faisant l'objet de démentis à répétition du gouvernement grec.

"Si la troïka nous dit qu'il n'y a pas de trajectoire soutenable pour la dette grecque, il faudra changer notre fusil d'épaule, avec deux options: on met plus d'argent mais les Etats membres bloquent et donc on va vers une restructuration beaucoup plus violente", commente un responsable européen sous couvert d'anonymat.

Si beaucoup de créanciers se sont conformés au scénario défini par l'accord du 21 juillet, c'est à dire une décote ou perte moyenne de 21% sur les obligations d'Etat grecques arrivant à échéance jusqu'en 2020, certains n'ont pas attendu l'automne pour aller plus loin.

C'est le cas, par exemple, de la banque britannique Royal Bank of Scotland (RBS) ou de l'assureur allemand Allianz, qui ont amputé d'autorité la valeur de leurs titres publics héllènes de 50% dans leurs comptes du premier semestre, les alignant ainsi sur les prix du marché.

Le réassureur Swiss Re a même effacé totalement la valeur de ses obligations grecques et passé une provision équivalente.

De sources concordantes, plusieurs banques européennes, françaises notamment, envisageraient très sérieusement d'aligner la valeur de leur portefeuille sur les prix du marché, avec à la clef une provision supplémentaire dans les comptes du troisième trimestre.

Le président de la fédération allemande des banques privées a toutefois rejeté dans un entretien à paraître jeudi toute réflexion sur une plus grande participation du monde financier à l'aide à la Grèce, jugeant ce débat "incompréhensible".

Pourtant, ce coup de rabot supplémentaire pourrait alléger la dette grecque de plus de dix milliards d'euros, le montant d'obligations initialement concerné par la participation des créanciers représentant 135 milliards d'euros.

Rares sont celles dont la solidité financière serait affectée par cette nouvelle charge. Dans le cas des banques grecques, en revanche, "il y aurait besoin de recapitaliser" certains établissements, reconnaît le responsable européen.

Un renflouement qui serait assuré par les grands créanciers publics de la Grèce, éventuellement via la Fonds européen de stabilité financière (FESF), et allourdirait la facture globale, déjà considérable.