Face à la crise, les Français préfèrent épargner que consommer

ECONOMIE Reflet de l'anxiété des ménages, le taux d'épargne des Français a atteint son plus haut niveau depuis deux ans...

© 2011 AFP

— 

 Livrets A de la Caisse d'Epargne de Caen en 1999
 Livrets A de la Caisse d'Epargne de Caen en 1999 — M.DANIAU / ARCHIVES / AFP

Reflet de l'anxiété des ménages, le taux d'épargne des Français a atteint son plus haut niveau depuis deux ans, un mauvais signe de plus pour l'économie française dont la consommation est traditionnellement le principal moteur.

Remontée du taux d'épargne

Le deuxième trimestre 2011, où la croissance a été nulle, a été marqué par une remontée du taux d'épargne au détriment de la consommation, a révélé mercredi l'Institut national de la statistique (Insee).

Le pouvoir d'achat des ménages avait pourtant progressé entre avril et juin par rapport aux trois premiers mois de l'année, sous l'effet d'une moindre ponction fiscale et d'un ralentissement de l'inflation, les prix des produits pétroliers notamment étant orientés à la baisse.

Baisse des dépenses de consommation

Malgré ce contexte favorable, les dépenses de consommation ont reculé de 0,7% et le taux d'épargne des ménages a progressé «vivement, de 1,1 point, pour atteindre 17%, soit le plus haut niveau depuis le troisième trimestre 2009», a indiqué l'Insee. Il faut remonter à 2002 pour retrouver un tel niveau.

Le gouvernement reconnaît d'ailleurs, dans la présentation de son budget pour 2012 dévoilé mercredi, que «le prolongement des turbulences pourrait entamer la confiance des ménages et des entreprises et peser sur leurs projets de consommation ou d'investissement».

Effet prime à la casse

Pour Pierre Nordmann, du bureau d'étude Bipe, cette remontée du taux d'épargne est «en partie conjoncturelle»: elle est liée à la fin de la «prime à la casse» instaurée pour inciter les Français à acheter une voiture, une mesure qui avait soutenu la consommation.

A cela s'ajoute «l'inquiétude des ménages concernant leurs revenus et l'environnement économique», souligne Pierre Nordmann. Pour autant, le taux d'épargne «ne sera pas forcément de 17% sur toute l'année», estime-t-il.

Besoin d'une épargne de précaution

Le taux d'épargne a reculé entre 2002 et 2008 dans un contexte de baisse du chômage et de hausse des prix de l'immobilier, qui a enrichi les ménages propriétaires, rappelle Eric Heyer de l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE). La crise de 2009 a renforcé le besoin des ménages de se constituer une épargne de précaution en cas de coup dur. Deux ans plus tard, la même cause produit le même effet: «le chômage ayant fortement augmenté, l'épargne de précaution est revenue en force», estime l'économiste.

C'est l'épargne liquide qui est privilégiée, comme en témoigne le succès du livret A, placement défiscalisé et sans risque, qui a connu en août son plus haut niveau depuis sept mois, à 2,9 milliards d'euros.

Succès du livret A

Depuis le début de l'année, le total des sommes déposées sur le Livret A a progressé de plus de 15 milliards pour atteindre 210,4 milliards fin août.

La chute des marchés depuis le début du mois d'août devrait renforcer cette «préférence pour la liquidité», sachant que 18% de l'épargne française est placée dans des produits adossés à l'évolution des marchés.

Réduction de la capacité d'emprunt

Dernier facteur poussant l'épargne à la hausse, la réduction de la capacité d'emprunt des Français. Le «recul de la production de crédits à l'habitat» se traduit par une baisse des transactions et donc des plus-values générées par les ventes, autant d'argent qui fait défaut à l'économie réelle, explique Cyril Blesson, cofondateur des Cahiers de l'épargne.

Il s'attend à ce que la Banque centrale européenne réduise ses taux dans les mois à venir pour contrer le risque de rechute en récession de la zone euro, ce qui aurait pour effet de rendre le crédit plus attractif.