Qui sont les «enragés de Wall Street»?

ETATS-UNIS Après plus de 10 jours de manifestation, ces anticapitalistes campent toujours à proximité du centre financier mondial...

Philippe Berry

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Des policiers new-yorkais portent un manifestant du mouvement Occupy Wall Street, le 24 septembre 2011.
Des policiers new-yorkais portent un manifestant du mouvement Occupy Wall Street, le 24 septembre 2011. — T.FINEBERG/AP/SIPA

De notre correspondant à Los Angeles

Manifester n'est pas dans la culture américaine. Mais depuis une dizaine de jours, un petit groupe d’irréductibles anticapitalistes a pris d'assaut la place emblématique de la finance mondiale avec l'opération Occupy Wall Street. Qui sont-ils? Que veulent-ils? Le point sur un mouvement embryonnaire dont ne sait pas quoi faire la police new-yorkaise.

Qui sont-ils?

Le mouvement est né mi-juillet avec l'appel des activistes d'AdBusters à occuper Wall Street le 17 septembre 2011. Il s'inspire du printemps arabe, des opérations altermondialistes espagnoles et des manifestations anti-G20 de Londres. Lors de ce «jour de la colère» (day of rage), entre 500 et 2.000 manifestants ont défilé devant la place de la Bourse. Depuis, quelques dizaines campent à deux pas de là, à Zuccotti Park, rebaptisé «Liberty Plaza», du nom de la rue voisine.


Que réclament-ils?

Leur cri de ralliement: «Nous sommes les 99%». Les revendications sont multiples, mais ils manifestent surtout pour dénoncer les inégalités aux Etats-Unis, où 1% de la population représente 40% de la richesse et où un américain sur sept vit sous le seuil de pauvreté. Ils soutiennent une hausse d'impôts pour les plus riches, comme le veulent Barack Obama et Warren Buffet. Si le Tea Party rejette Washington, Occupy Wall St rejette le «capitalisme déréglé».

 

Où communiquent-ils?

Sur le site officiel, Twitter, Facebook et via un flux vidéo Livestream.

 

Les manifestants contre la police new-yorkaise

Relativement ignoré par les médias américains à ses débuts, le mouvement a gagné en exposition après la répression de la police du week-end dernier, qui a arrêté un peu plus de 80 manifestants. Sur Internet, de multiples vidéos ont montré les forces de l'ordre utiliser des méthodes musclées. Le clip d'un policier aspergeant à bout portant trois manifestantes avec une bombe lacrymogène a fait le tour de la toile.

Le porte-parole de la police new-yorkaise a défendu l'officier, expliquant que le gaz avait été utilisé «selon les règles et en petite quantité».

 

L'implication des hackers d'Anonymous

Les cyberdissidents ont rapidement soutenu l'occupation de Wall Street. Parmi les manifestants, les masques de Guy Fawkes, du comic/film V for Vendetta ont fleuri. Surtout, après les repressions de la police, l'officier tenant la bombe lacrymo a rapidement été identifié et pris pour cible par les hackers. Ils ont publié son numéro de téléphone et son adresse, et révélé qu'il faisait l'objet de poursuites judiciaires pour une précédente répression musclée, en 2004.

 

Soutiens de marque

Lundi soir, le cinéaste Michael Moore est venu afficher son soutien aux manifestants. Un peu plus tôt, l'actrice Susan Sarandon était venue discuter avec eux pour «s'éduquer». Le rappeur Immortal Technique et le guitariste Tom Morello ont publiquement soutenu la cause, tout comme le philosophe et activiste Noam Chomsky. Le mouvement s'est étendu à d'autres villes, comme Chicago ou San Francisco, mais souffre pour l'instant de l'absence de leaders et d'organisation.