«Le gouvernement devra réaliser un plan d'austérité d'au moins 30 milliards d'euros»

INTERVIEW Pour l'économiste Eric Heyer, ce traitement de choc est inévitable si le gouvernement veut respecter son objectif de 4,5% de déficit public...

Propos receuillis par Mathieu Bruckmüller

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Le ministre du budget François Baroin à l'Assemblée Nationale, le 7 juin 2011 à Paris
 
Le ministre du budget François Baroin à l'Assemblée Nationale, le 7 juin 2011 à Paris   — AFP PHOTO / MEHDI FEDOUACH

Mise à jour Vendredi 21 octobre 2011: Plusieurs membres du gouvernement ont reconnu que les perspectives de croissance seraient revues à la baisse. Du coup, un plan de 5 milliards d'euros d'économies serait en préparation

 

Mercredi, le gouvernement présentera son projet de loi de finances pour 2012 bâti sur une hypothèse de croissance du PIB de 1,75%. Optimiste, juge Eric Heyer, directeur adjoint au département analyse et prévision de l’OFCE, qui table plutôt sur un chiffre de 0,8%.

En conséquence, pour tenir son engagement de réduire le déficit public à 4,5% du PIB l’an prochain, l’exécutif devra concocter un nouveau plan de rigueur de 30 milliards d’euros.

L’hypothèse de 1,75% de croissance sur laquelle repose le budget 2012 est-elle réaliste?

Parmi les conjoncturistes, la moyenne est de 1,2% de croissance pour l’an prochain. Nous sommes les plus pessimistes, avec une projection de 0,8%. Nous considérons, entre autres, que la multiplication des plans d’austérité en Europe aura un fort impact sur l’activité économique.

Quelle aurait été le taux de croissance s’il n’y avait pas eu de plans de rigueur?

Nous avons fait ce calcul. C’est très analytique. Mais s’il y avait eu une politique budgétaire neutre, la croissance aurait atteint les 3,8% cette année et 2,5% l’an prochain. Quand au déficit budgétaire, il aurait atteint 5,9% fin 2012 et le taux de chômage 7,8%. Au lieu de ça, en 2011, selon nous, la croissance ne sera que de 0,8%, le déficit atteindra 5,2% et le chômage sera à 9,7%. Pour réduire le déficit public de 0,7 point supplémentaire, cela nous coûte presque 2 points de chômage. On le paie très cher. A l’heure actuelle, nous sommes confrontés à deux gros déficits: le déficit des finances publiques élevé et le déficit d’emploi. L’Europe mise tout sur la réduction du déficit public, coûte que coûte, au détriment de l’emploi.

C’est un cercle vicieux?

Oui. Nous avons des perspectives de croissance spontanée de sortie de crise assez élevées, mais les plans d’austérité, en pénalisant l’activité, nécessitent de les revoir à la baisse. En conséquence, les engagements de déficit ne peuvent être tenus: le gouvernement décidera alors, comme il l'a fait au mois d'août dernier, de faire un nouveau plan d'austérité qui nuira à son tour à la croissance.

De quel ordre?

Si la croissance du PIB n’atteint que 0,8% en 2012, pour tenir son engagement de 4,5% de déficit public, le gouvernement devra, selon mes calculs, réaliser un plan d’austérité d’au moins 30 milliards d’euros.

La situation sera-t-elle différente si la France connaît un changement de majorité en 2012?

Non, car les principaux candidats à la primaire socialiste, dont François Hollande et Martine Aubry, ont dit vouloir ramener le déficit budgétaire à 3% en 2013, ce qui impliquera pour y parvenir de passer à 4,5% de déficit en 2012.