Jacques Pélissard: «La responsabilité principale, c’est celle des banques»

Propos recueillis par Mathieu Bruckmüller

— 

Le président de l'Association des maires de France (AMF) qui organise le congrès, Jacques Pélissard (UMP), avait demandé auparavant à Nicolas Sarkozy de réactiver la Conférence nationale des exécutifs (CNE).
Le président de l'Association des maires de France (AMF) qui organise le congrès, Jacques Pélissard (UMP), avait demandé auparavant à Nicolas Sarkozy de réactiver la Conférence nationale des exécutifs (CNE). — Bertrand Guay afp.com

25milliards d’euros de prêts «toxiques» empruntés en dix ans à la banque Dexia Public, et aujourd’hui un surcoût de 3,9 milliards d’euros à éponger. C’est le piège dans lequel seraient tombées 5.500 collectivités locales et entreprises publiques, révélé ce mercredi par Libération. Des chiffres depuis contestés par Dexia. 20Minutes a recueilli les réactions de Jacques Pélissard, le président de l'Association des Maires de France (AMF) et député-maire de Lons-le-Saunier.

Etes-vous surpris par le nombre de communes touchées?

Oui. elles ont cédé aux sirènes des emprunts «toxiques» structurés. Au début, les taux d’intérêt sont très bas, inférieurs aux marchés. C’est tentant. Mais après, les taux peuvent être basés sur l’évolution du franc suisse ou du yen et là, cela peut réserver des surprises.

Néanmoins, je tiens à tempérer l’inquiétude. Si des communes ont contracté des prêts «toxiques», chez certaines, c’est marginale au regard des autres emprunts qu’elles ont pris. La diversité des emprunts des communes (à taux fixe, à taux variable et parfois structuré) leur permet d’avoir un certain lissage du risque.

Certaines communes risquent-elles la faillite?

A mon sens, non. Il peut néanmoins y avoir chez certaines une baisse de l’investissement ou une hausse des impôts. Le monde des collectivités locales, c’est une alchimie particulière de rapports de confiance entre la population et son maire. Cela implique que nous gérions en bon père de famille. On m’a proposé des emprunts structurés calés sur le yen. J’ai refusé. En raisonnant un peu, on se dit qu’il ne faut pas prendre de risques excessifs.

Les élus ont donc une part de responsabilité?

Les banquiers sont des professionnels du prêt bancaire. Ils ont une obligation de conseil. Souvent, dans les cas cités par Libération, il y a manquement à cette obligation. Que certains maires aient pu se laisser abuser, aient pu manquer de méfiance, que leurs équipes aient été trop naïves, cela peut se concevoir. Mais la responsabilité principale, c’est celle des banques.

Que peuvent faire les communes?

Elles peuvent essayer de renégocier leur prêt. Sinon, une procédure judiciaire est envisageable à l’image de la ville de Saint-Etienne qui a assigné la Deutsche Bank pour défaut de conseil. Dernière possibilité, certains maires demandent à ce que l’Etat mette en place une structure de défaisance qui reprendrait les prêts toxiques. Mais la Cour des comptes est vent debout contre cette idée.

Comment faire pour qu’une telle mésaventure ne se reproduise pas? Interdire les prêts structurés? Obliger les collectivités à emprunter à taux fixe?

On ne peut pas tout interdire. Il faut laisser une dose de responsabilité en toute matière. Le taux fixe est une bonne formule. C’est très tranquille. Mais je suis un partisan de la liberté des communes. Chacune doit se gérer comme il l’entend. Il faut avoir une démarche de prudence, avoir une démarche professionnelle et s’entourer de bons conseils.