Emprunts toxiques: Libération accuse Dexia, qui réplique

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Libération a accusé mercredi la banque Dexia d'avoir vendu des emprunts toxiques à 5.500 collectivités locales et établissements publics, un chiffre aussitôt démenti par la banque, alors qu'une commission d'enquête parlementaire se penche désormais sur le dossier.

Selon le quotidien qui cite "un document confidentiel de chez Dexia", le montant des emprunts toxiques souscrits s'élève à 25 milliards d'euros.

"Le surcoût de ces emprunts était évalué à 3,9 milliards d'euros à la fin 2009", ajoute Libération. "Ce qui veut dire que les collectivités devraient payer une pénalité de cet ordre".

Pour Dexia, qui juge ces informations "inacceptables", "des données erronées et tronquées ont servi de support à cet article". "Non seulement Dexia les conteste mais examine toutes les suites juridiques à donner pour défendre l'intérêt de ses collaborateurs et de ses clients".

Selon la banque, "l'article assimile de façon abusive les crédits structurés à des +crédits toxiques+ et fait état de chiffres fantaisistes qui ne reflètent aucunement la réalité".

Les crédits toxiques sont considérés comme les plus spéculatifs et les plus risqués de la famille des produits structurés. Ces derniers présentent des degrés de risque sur une échelle de 1 à 5. Les emprunts toxiques ont le risque maximum, classé 5. Ils reposent sur des taux d'intérêt variables, indexés sur des valeurs extrêmement volatiles comme les variations de change, les écarts de taux d'intérêts ou le baril de pétrole, qui peuvent baisser ou augmenter dans des proportions importantes et impossibles à maîtriser.

De son côté, la commission d'enquête parlementaire sur les emprunts toxiques, créée en juin, est entrée dans le vif du sujet en se penchant sur la situation de Saint-Etienne, ville dont le maire, Maurice Vincent, a été un des premiers à dénoncer les dangers de ces produits financiers.

"La Cour des comptes évalue à une centaine le nombre de collectivités frappées par les produits toxiques", a rappelé M. Vincent devant la commission. "Pour ma part, je considère qu'il doit y en avoir 200 si on tient compte des centres hospitaliers et des offices HLM".

M. Vincent a aussi rappelé que la Cour chiffrait entre 7 et 12 milliards d'euros le montant des emprunts toxiques, sur un stock total de 160 milliards d'euros. Il a estimé inévitable la mise en place d'une "structure de défaisance" chargée de récupérer et gérer ces emprunts, une proposition rejetée toutefois par la Cour des comptes et par le gouvernement.

La commission parlementaire, présidée par le président du conseil général de Seine Saint-Denis, Claude Bartolone (PS), a également entendu le prédécesseur de M. Vincent, Michel Thiollière, qui avait souscrit les emprunts toxiques de Saint-Etienne. "La chambre régionale des comptes avait souligné que nous avions les taux aux prix les plus bas du marché", a-t-il souligné.

Le département de M. Bartolone est aussi victime des emprunts toxiques. Il a assigné trois banques pour faire annuler des emprunts toxiques contractés entre 1997 et 2008 sous le mandat du prédécesseur de M. Bartolone.