Aviation: Air Berlin et Lufthansa se préparent à de fortes turbulences

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Les deux premières compagnies aériennes allemandes, Lufthansa et Air Berlin, se préparent à de fortes turbulences sur leurs marchés, l'une en revoyant son expansion à la baisse, et l'autre en sabrant sa flotte de 10%.

Numéro deux allemand de l'aviation, Air Berlin, en pleine crise, va "passer en revue sans exception tous les domaines d'activité" pour renforcer sa productivité, selon un communiqué mercredi.

Le nombre d'avions doit passer de 170 actuellement à 152 à l'été 2012, soit la suppression d'un avion sur dix.

"Le but de ces mesures est d'améliorer de 200 millions d'euros le bénéfice d'exploitation", a expliqué la compagnie.

"Quand les Allemands regardent les informations ces jours-ci, il y a de quoi avoir peur. Les gens ont tendance à reporter leurs réservations pour les vacances", a dit le patron Hartmut Mehdorn lors d'une conférence téléphonique, faisant référence à la crise de la dette en zone euro.

Les deux groupes allemands "se préparent à un ralentissement de l'activité", déjà sensible sur les liaisons transatlantiques fréquentées par les hommes d'affaires, explique à l'AFP Johannes Troan, spécialiste du secteur chez Commerzbank.

Air Berlin, en particulier, "souffre de son modèle d'entreprise, notamment d'une forte concurrence sur les liaisons courtes", ajoute-t-il.

Son patron a toutefois assuré n'avoir "aucune raison de changer le modèle actuel", qui fait d'Air Berlin à la fois une compagnie touristique desservant les destinations chères aux Allemands, Majorque en tête, et une compagnie reliant les grandes villes européennes et allemandes.

Ce positionnement à mi-chemin entre un modèle à bas coût et un fonctionnement classique inspiré de sa grande rivale Lufthansa, est régulièrement critiqué.

M. Mehdorn a estimé pouvoir mener la restructuration "en exploitant les fluctuations naturelles" du personnel, c'est-à-dire sans licenciement.

Air Berlin est dans le rouge depuis 2008 et y restera cette année. Son directeur financier Ulf Hüttmeyer a déclaré, lors de la même conférence téléphonique, que l'objectif pour l'an prochain était "d'avoir au minimum un bénéfice opérationnel" en précisant que ce scénario ne tenait pas compte "d'une nouvelle méga-crise économique ou d'un effondrement de la zone euro".

Ces difficultés ont poussé en août le bouillant patron et fondateur Joachim Hunold à démissionner et à confier au moins provisoirement les manettes de la compagnie à l'ancien chef des chemins de fer allemands, M. Mehdorn.

De son côté, le numéro un allemand du secteur Lufthansa a également annoncé de mauvaises nouvelles à ses investisseurs, après avoir renoncé la veille à ses objectifs annuels de résultats.

La compagnie a indiqué que ses capacités de vols passagers n'augmenteront finalement que de 4% cet hiver, contre 6% prévus jusqu'ici, dans une présentation aux marchés.

"L'évolution de la situation sera suivie avec attention et Lufthansa adaptera si besoin encore ses capacités", a-t-elle précisé.

Après cette annonce, Lufthansa était lanterne rouge du Dax, perdant 4,31% à 9,87 euros vers 09h33 GMT. A la même heure Air Berlin, coté sur le marché libre, baissait plus modestement, de 0,15% à 2,74 euros.

Le pessimisme des compagnies allemandes tranche avec les prévisions faites mardi par l'Association internationale du transport aérien (Iata), qui a relevé sa prévision de bénéfices nets totaux du secteur en 2011, à 6,9 milliards de dollars contre 4 milliards avant.