La fin du tout-gratuit a sonné pour les sites de covoiturage

Mathieu Bruckmüller

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Frédéric Mazzella, fondateur de covoiturage.fr
Frédéric Mazzella, fondateur de covoiturage.fr — F.M.

A l’occasion de la deuxième journée du covoiturage, 20Minutes fait le point sur le changement de business model des opérateurs.

Et c’est une mini-révolution qui se profile. Les 1,3 millions d’utilisateurs du site covoiturage.fr n’auront bientôt plus d’autre choix que de réserver leur trajet en ligne avec, à la clé, une majoration en sus du prix du trajet de 8 à 15%. Le pourcentage exact n’est pas encore arrêté. L’entreprise est toujours en phase de rodage. Pour l’instant, seuls les utilisateurs de l’axe Paris-Rennes sont concernés avec un surplus forfaitaire de deux euros. Le nouveau système devrait se généraliser progressivement à compter de 2012, confie Frédéric Mazzella, le fondateur du site, qui revendique 90% des annonces de covoiturage sur Internet en France.

Le changement est majeur alors que jusqu’ici, il suffisait de s’inscrire gratuitement pour demander ou proposer un covoiturage. Le paiement s’effectuait ensuite de la main à la main à l’issue du trajet.

Fiabiliser le covoiturage

Cette évolution devrait permettre de fiabiliser le covoiturage. En effet, il n’est pas rare que les passagers annulent leur place au dernier moment. En réponse, certains conducteurs se livrent à du surbooking. «Le covoiturage est encore considéré comme une activité de débrouillards. On veut le rendre plus efficace afin de réserver une place comme si on achète un billet de train ou d’avion», explique Frédéric Mazzella.

Concrètement, via une option baptisée «illico», le passager effectue le paiement en ligne et reçoit une confirmation par SMS, tout comme le conducteur. Ce dernier a en revanche la possibilité, s’il choisit l’option «sur confirmation», de refuser le passager.

D’après Frédéric Mazzella, les retours des usagers sont positifs. Il n’enregistre pas de défection au profit de la concurrence. Ce que conteste son principal concurrent, Edouard Duboille, directeur général de Greencove Ingénierie, cité par Les Echos, «qui affirme au contraire avoir constaté des reports de covoitureurs entre Paris et Rennes» sur son site 123envoiture.com.

Le tout-gratuit à ses limites

Mais «le tout-gratuit à ses limites. C’est logique que des services soient payants pour qu’ils continuent à fonctionner. Surtout quand une société lève des fonds, les actionnaires demandent des comptes», explique Matthieu Jacquot, cofondateur du site covivo.eu, dont le modèle hybride alterne service payant et gratuit.

Le changement de modèle de covoiturage.fr, qui a récemment reçu de l’argent frais de la part d’investisseurs, devient donc une nécessité. Jusqu’ici, la société de 25 salariés se finançait grâce à la publicité et à la fourniture de plateformes de covoiturage à des entreprises comme la Ratp, Ikea…Malgré tout, au cours de chacun des deux derniers exercices, elle a essuyé des pertes de 140.000 euros.

10 millions de covoitureurs en France?

Avec son système de réservation payant, Frédéric Mazzella voit grand. Il entend développer l’entreprise au pas de charge. Au Royaume-Uni et en Espagne d’abord, et ensuite, d’ici cinq ans, aux Etats-Unis, où l’offre de covoiturage est très limitée.

Il n’entend pas délaisser le marché français qui, à ses yeux, réserve de belles perspectives. Il table sur deux millions d’utilisateurs pour son site d’ici fin 2012, cinq millions à l’horizon 2015 et même dix millions en 2018.