Tunisie: Le tourisme prêt à redécoller

ECONOMIE Aujourd'hui, 20% des touristes sont des Français. La Tunisie veut rattraper le Maroc d'ici à 5 ans...

Mathieu Bruckmüller

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Une plage de Djerba (Tunisie) en 2008.
Une plage de Djerba (Tunisie) en 2008. — Henryk T. Kaiser / Rex /REX/SIPA

Neuf mois après sa révolution et à l’approche, le 23 octobre, des premières élections de l’après Ben Ali, l’économie tunisienne toujours convalescente, poursuit sa reprise. Mais beaucoup reste à faire pour ce pays d’un peu plus de 10 millions d’habitants qui compte près de 700.000 chômeurs. Mehdi Houas, le ministre du Commerce et du Tourisme tunisien de passage ce lundi à Paris ne s’en cache pas. Le succès de la démocratie passe par le développement des échanges et notamment du tourisme. Une activité, à l’origine de 7% du PIB, qui fait travailler un Tunisien sur 5.

20Minutes fait le point sur les perspectives du tourisme tunisien en trois questions.

Quel a été l’impact de la révolution?

La Tunisie a réussi à sauver les meubles. Les autorités anticipaient une chute de 50% du nombre de touristes. Finalement, elle n’est pour l’instant que de 36%, à comparer avec les 28% à la suite de l’attentat de Djerba en 2002. Et la saison n’est pas complètement terminée. Signe encourageant, sur les dix premiers jours de septembre, il y a eu plus de visiteurs que l’an dernier à la même époque. C’est la première évolution positive depuis janvier. Pour Mehdi Houas, «nous sommes sur le point d’inflexion… Neuf mois après la révolution, la Tunisie ne s'est pas écrouler. Nous avons réussi à accueillir 3,2 millions de touristes depuis le début de l’année sans incident.»

Le repli est tout de même un peu plus prononcé pour le nombre de nuitées (-43%) et le montant des recettes (-41,6%). Malgré tout, les acteurs ne s’en sont pas trop mal tirer. Le ministre estime que seulement 10 à 12% des emplois ont été touchés.

Les Français ont-ils boudé la Tunisie?

Sur les 7 millions de touristes dénombrés en 2010, 1,3 million étaient des Français, soit 20%. Ils ne sont que 590.000 à s’être déplacés cette année, soit un repli de 46%. Les Britanniques et les Allemands, qui étaient 800.000 l’an dernier, ont fait mieux avec une baisse respective de 30% et 36%. Mention spéciale aux Russes qui étaient 200.000 à visiter la Tunisie en 2010. Ils seront plus nombreux cette année. Pas de quoi rougir côté Français pour autant. Ils font même partie des bons élèves aux dires de Mehdi Houas. Les Italiens et les Espagnols sont en revanche les vilains petits canards avec un plongeon du nombre de touristes de 80%.

Quels sont les objectifs pour les prochaines années?

Optimiste, le ministre du Commerce et du Tourisme souhaite que son pays accueille le même nombre de touristes en 2012 qu’en 2010. Et la rigueur à laquelle sont confrontés nombre de pays développés dont la France, ne l’inquiète pas outre mesure. Elle pourrait toucher d’autres pans de l’économie tunisienne, mais pas le tourisme qui demeure très bon marché.

Mehdi Houas ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. D’ici à 5 ans, il vise 10 millions de touristes par an pour la Tunisie pour un total de 70 millions de nuitées avec à la clé 8 milliards de dinars (environ 4 milliards d'euros) de recettes. Irréaliste? Pas du tout, rétorque le ministre, né à Marseille et fondateur de la société française Talan, spécialisée dans les nouvelles technologies. Ce sont «les chiffres réalisés l’an dernier par le Maroc», s’exclame-t-il.

Car le potentiel tunisien est sous exploité. «Il faut sortir de l’exclusivement balnéaire», plaide-t-il. Avec ses 3.000 ans d’histoire et 7 sites inscrits au patrimoine mondial de l’Unesco, le pays a des arguments à faire valoir. Il compte donc développer les possibilités de randonnées et de circuits pour découvrir l’intérieur des terres.

Autres axes: développer le tourisme de fin de semaine et offrir aux retraités européens la possibilité de passer plusieurs mois par an en Tunisie sans problème de visa.