Crise de la dette: Renflouer les banques européennes, oui mais comment?

ECONOMIE Cette solution est de plus en plus souvent évoquée, mais de nombreuses questions subsistent...

T. S.

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Les banques européennes connaîssent des plus bas historiques en Bourse.
Les banques européennes connaîssent des plus bas historiques en Bourse. — J. BRINON / AP / SIPA

Mise à jour, le 6 octobre 2011:   Après le FMI, la Commission européenne a également annoncé jeudi qu’elle souhaitait une recapitalisation des banques européennes.

«Une attention particulière devra être portée à la capitalisation des banques». Voilà la principale conclusion des ministres européens des Finances lors de la réunion informelle qui a eu lieu vendredi et samedi à Wroclaw en Pologne.  Avec l'effondrement en Bourse des valeurs bancaires européennes, l'hypothèse d'une recapitalisation des banques en Europe est de plus en plus évoquée, et ce même si la Grèce ne faisait pas défaut. 20Minutes fait le point sur ce scénario.

Pourquoi faut-il recapitaliser?

Les banques européennes, très exposées à la dette des pays européens en difficulté, pourraient perdre beaucoup en cas de défaut grec et a fortiori italien. Elles tentent donc de solidifier leur bilan, en augmentant leurs garanties. Sous la pression des marchés, la Société générale et BNP Paribas, ont déjà annoncé la semaine dernière toute une série de mesures destinées à se serrer la ceinture, afin de renforcer leur base de capital. Mais cela pourrait ne pas suffire. Pire, si toutes les banques restreignent encore leurs conditions de crédit, le risque d’une crise de liquidité comme ce fut le cas après la faillite de la banque américaine Lehman Brothers en septembre 2008 pourrait renaître.

Combien faudrait-il payer, et pour combien de banques?                                

Les chiffres divergent, tant cela dépend des mesures décidées. Début septembre, le Fonds monétaire international (FMI) s'était attiré les foudres des Européens en chiffrant à 200 milliards d'euros le déficit de fonds propres des banques européennes.

Travaillant sur l'hypothèse d'une recapitalisation visant à augmenter les ratios de fonds propres d’ici à la fin de l'année, le courtier Cheuvreux estime que 28 banques européennes devraient être recapitalisées à hauteur de 86 milliards d'euros. 

Pour Goldman Sachs, si les gouvernements imposent aux banques de passer des décotes supplémentaires sur la dette souveraine, c'est à dire ne plus considérer que ces titres sont fiables, 38 banques européennes auraient un besoin de fonds propres de 30 à 92 milliards d'euros, et ce avec le même ratio de fonds propre qu’aujourd’hui.

Qui pourrait les financer ?

Avec des valeurs bancaires françaises à des plus bas historiques notamment, et compte tenu des montants qui devraient être levés, le scénario d'augmentations de capital classiques, c'est-à-dire par appel au marché, paraît difficilement envisageable.  «Nous doutons de la capacité du marché à absorber de telles augmentations de capital», relève Cheuvreux dans une note.

Des analystes comme Goldman Sachs évoquent aussi la solution d'une intervention publique à l'image de ce qui s'était passé en 2008 et 2009 quand les Etats durent voler au secours des banques. «Il est vrai qu'une solution serait directement une recapitalisation par l'Etat», relève par exemple Alexandre Hezez, directeur de la gestion chez Convictions Asset Management. Mais avec la crise de la dette publique dans la zone euro, les marges de manœuvre des Etats sont toutefois limitées. De plus une recapitalisation publique des banques ne ferait que détériorer les finances publiques, comme l'a indiqué jeudi Pierre Mariani, l'administrateur délégué de Dexia.

Reste l’hypothèse d’une solution européenne. «Si le FESF (Fonds européen de stabilité financière, qui a financé les plans d’aide à la Grèce, à l’Irlande et au Portugal et qui nécessite un vote de chaque parlements nationaux pour être rendu permanent et doté de pouvoirs étendus en 2013, ndr) avait été voté partout, on aurait un outil formidable pour recapitaliser les banques», souligne un analyste londonien. «Mais faute d'outil européen, ce sera forcément une décision nationale, peut-être coordonnée au niveau européen.» L’Allemagne et la France ont déjà voté en faveur de l’extension du FESF, mais plusieurs pays, dont la Slovaquie et la Finlande ont annoncé vouloir patienter jusqu’à décembre pour ce faire.