Les industriels du médicament générique veulent dynamiser les prescriptions

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Les fabricants français de génériques veulent renforcer la prescription de ces médicaments dont le développement connaît un tassement, sur fond d'interrogations et de défiance du côté des consommateurs mises en lumière lors d'un colloque de leur association professionnelle.

"On est à la moitié de notre dynamique du générique en France", a résumé Stéphane Joly, président du laboratoire Cristers, et de la commission communication du Gemme (Générique, même médicament), qui réunit l'essentiel des industriels du secteur.

Les génériques représentent en Europe environ 50 à 60% du volume des médicaments contre seulement 25% en France, a-t-il souligné.

Le marché des génériques en France s'est élevé à 2,7 milliards d'euros en 2010, soit 13% du marché pharmaceutique avec 630 millions de boîtes (un médicament sur quatre). Il représente 1,7 milliard d'euros d'économies par an, selon le Gemme.

Les ventes de génériques étaient en nette progression, mais la croissance "s'essoufle", a reconnu M. Joly. Elle devrait tomber à 3,5% cette année, contre 10% en moyenne les dernières années.

Le marché du générique continue pourtant à être soutenu par l'expiration de brevets de médicaments protégés: environ 1,5 milliard d'euros de chiffre d'affaires vont tomber dans le domaine public dans les deux à trois ans qui viennent.

"Il faut absolument que le générique continue à se développer", affirme le Gemme, en avançant des propositions pour dynamiser la prescription, allant d'incitations financières aux médecins à l'élargissement du répertoire des médicaments génériques aux sprays et antiasthmatiques.

"Avec 1% de prescription complémentaire dans le répertoire, on fait 100 millions d'euros d'économies supplémentaires", a estimé M. Joly.

Mais cette relance se heurte à des réticences et à une méfiance des consommateurs, alimentée par le scandale du Mediator ou des interrogations récentes sur la qualité des génériques à l'hôpital.

Philippe Besnard, responsable de la division génériques de Sanofi, pointe plusieurs explications à la baisse du marché.

Il souligne la nécessité de mener "à travers les médecins, une meilleure communication sur le générique" et relève que "les pharmaciens sont moins enclins à substituer". Enfin, "le patient ne sait plus trop si les produits (...) ont une qualité identique", observe-t-il.

"Il n'y a pas d'hostilité du médecin à prescrire moins cher. Il y a une prise de conscience économique", affirme Michel Chassang, président de la CSMF, premier syndicat de médecins libéraux. Mais "les gens vivent une crise de confiance vis-à-vis du médicament en général", confirme-t-il.

Pour l'Agence française du médicament (Afssaps), Antoine Sawaya assure pourtant que les génériques sont "évalués et contrôlés de la même façon" que les médicaments d'origine (princeps).

"On a 75% de taux de substitution et pas mal de patients acceptent le générique à partir du moment où on explique bien", relativise le pharmacien Christophe Koperski. "Le générique c'est nous", lance-t-il.

Pour le député UMP Yves Bur, rapporteur du budget de la Sécurité sociale, "on est dans un psychodrame franco-français", mais "la Sécurité sociale a perdu des milliards depuis des années, distribués aux acteurs".

Dans ce contexte, les producteurs de médicaments biosimilaires, issus de biotechnologies, plaident eux aussi pour des mesures de soutien à un marché encore naissant (5% d'un marché des biotechnologies de 736 millions d'euros).

Le président de Sandoz, Frédéric Collet, a souhaité "un environnement pérenne" et "une implication de tous les acteurs, notamment les médecins".

Pour la Mutualité française, Laure Lechertier, a "demandé aux pouvoirs publics une politique de développement des biosimilaires".