La faillite de la Grèce n'est plus écartée au sein de la zone euro

ECONOMIE En dépit des démentis officiels, le scénario d'une faillite de la Grèce gagne du terrain...

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Le drapeau de la Grèce à Athènes en 2009.
Le drapeau de la Grèce à Athènes en 2009. — Eye Ubiquitous / Rex Fe/REX/SIPA

En dépit des démentis officiels, le scénario d'une faillite de la Grèce gagne en vigueur en Europe face aux difficultés persistantes du pays à respecter son plan de redressement et des réticences des partenaires européens à délier les cordons de la bourse.

Evolution du discours

Alors que la priorité reste à la mise en oeuvre rapide des accords du 21 juillet -qui ont décidé du principe d'un deuxième plan de sauvetage en faveur du pays de près de 160 milliards d'euros- le discours évolue. En privé, les gouvernements européens évoquent l'hypothèse d'un défaut de paiement radical de la Grèce.

Ce scénario «est inévitable aujourd'hui», juge Pascal Canfin, eurodéputé écologiste spécialiste des questions financières, alors que le pays est englué dans une récession économique qu'aggravent les plans d'austérité exigés par les bailleurs de fonds internationaux en échange des prêts.

Dans une telle hypothèse, le pays devrait renoncer à ses obligations de paiement dans une ampleur qui, de l'avis de certains analystes, pourrait aller jusqu'à la moitié de sa dette de 350 milliards d'euros environ.

Eviter un défaut incontrôlé

Mardi, la chancelière allemande Angela Merkel a souligné que «la priorité absolue est d'éviter un défaut de paiement incontrôlé de la Grèce», faisant écho à son ministre de l'Economie Philip Rösler, qui avait mis le feu aux poudres en évoquant une possible insolvabilité ordonnée du pays.

Une manière de dire qu'un défaut de paiement bien encadré de la Grèce n'est en revanche plus à écarter et reste préférable à une faillite subie, aux conséquences incertaines car elle pourrait se propager à d'autres pays fragiles et autrement plus importants, comme l'Italie ou l'Espagne.

La Pologne, qui assure la présidence de l'Union européenne jusqu'à fin 2011, a aussi suggéré mardi à la Grèce de s'inspirer de son expérience à la sortie du communisme, lorsque Varsovie avait négocié une réduction de son endettement de 50% avec l'aide du Club de Paris.

Renégocier avec les créanciers

Un défaut de paiement «ordonné» impliquerait de nouvelles négociations avec les créanciers privés de la Grèce (banques, fonds d'investissement) qui viennent tout juste d'accepter un premier effort: une perte de valeur à terme de 21% sur les titres grecs qu'ils détiennent, dans le cadre du second plan d'aide à la Grèce. Ils seraient alors plus lourdement pénalisés.

Autre dommage collatéral: la note de la Grèce devrait être dégradée, rendant son accès au marché impossible pendant de longues années, peut-même une décennie, comme ce fut le cas pour l'Argentine.

Le spectre d'une faillite à grande échelle de la Grèce avait été écarté grâce au second sauvetage décidé en juillet.

Les dirigeants de la zone euro s'étaient mis d'accord pour prendre le risque qu'Athènes fasse défaut sur une toute petite partie de sa dette et pour une durée très brève, en accord avec les créanciers du pays impliqués pour la première fois.

Fissure au sein de la zone euro

Mais depuis, le front s'est fissuré au sein de la zone euro où l'approbation du plan d'aide traîne en longueur et bute sur les réticences de plusieurs pays. La Slovaquie notamment traîne des pieds tandis que la Finlande exige des garanties préalables, ce qui empoisonne les relations parmi les 17 pays ayant adopté l'euro.

Le doute s'est installé sur la capacité de la Grèce à pouvoir durablement remplir ses engagements d'économies et de réformes. Début septembre, les bailleurs de fonds réunis au sein d'une troïka (UE, FMI et BCE) ont quitté le pays mécontents du manque de progrès du gouvernement.

Ils devraient revenir en principe dans les prochains jours mais nul ne sait s'ils accepteront de verser une nouvelle tranche d'aide vitale pour la Grèce, de 8 milliards d'euros.