Les prévisions se suivent et se ressemblent pour la croissance: mauvaises

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La croissance de l'économie française s'annonce anémique en 2011, après une rafale de révisions à la baisse des prévisions, de la Banque de France (BdF) à la Banque centrale européenne (BCE), en passant par l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).

Première à ouvrir le bal, la Banque de France a ramené jeudi sa prévision de hausse du produit intérieur brut au troisième trimestre à +0,1%, contre 0,2% envisagé jusqu'à présent. Dans ces conditions, l'économie française devra réaliser une brillante performance au quatrième trimestre si elle veut atteindre l'objectif gouvernemental de +1,75% sur l'ensemble de l'année.

Au premier trimestre, l'activité avait connu une embellie inattendue (+0,9%) avant de plonger au deuxième, avec une croissance nulle qui a conduit le gouvernement à renoncer fin août aux +2,0% qu'il espérait jusque-là.

L'OCDE, un club des pays riches, a estimé de son côté la croissance française autour de 0,2% au troisième trimestre et 0,1% au quatrième.

Quant à la BCE, sans se prononcer sur le cas spécifique de la France, elle a acté jeudi le ralentissement de l'économie dans l'ensemble de la zone euro, ne tablant plus que sur 1,6% de croissance en 2011, contre 1,9% encore prévus en juin.

Le président de la BCE, Jean-Claude Trichet, a souligné l'"énorme degré d'incertitude" qui pèse sur l'économie mondiale comme celle de la zone euro. Pas de quoi remonter le moral des marchés qui ont immédiatement sanctionné la monnaie unique, en chute face au dollar.

Pour ne pas déroger à la déprime ambiante, le commerce extérieur français a affiché, jeudi aussi, une piètre performance pour le mois de juillet, en déficit de 6,46 milliards d'euros. Cette détérioration des échanges devrait elle aussi peser sur la croissance du pays.

Le ministre de l'Economie, François Baroin, a affirmé sa confiance dans la capacité du gouvernement à respecter sa prévision, tout en reconnaissant que la France était très dépendante de la conjoncture mondiale. "Je pense surtout qu'il ne faut pas se laisser engluer dans le scepticisme qui nourrit la défiance", a-t-il dit dans un entretien au Figaro à paraître vencredi. "Nous sommes lucides sur la situation, le gouvernement met tout en oeuvre pour protéger une croissance convalescente", a-t-il assuré.

Croissance "légèrement négative"

Marc Touati, d'Assya Compagnie Financière, craint pour sa part à une légère contraction du PIB au troisième trimestre et une croissance ne dépassant pas 1,6% pour l'ensemble de l'année 2011.

Son confrère Nicolas Bouzou (Asterès) est sur la même ligne mais il redoute surtout "une récession au quatrième trimestre ou début 2012 qui vaudrait pour les Etats-Unis comme pour la France".

L'hypothèse gouvernementale d'une croissance de 1,75% en 2012 lui paraît dès à présent hors de portée. "Il faudra réviser du côté de 1,5% et plus probablement de 1%", estime-t-il.

Morgan Stanley s'attendait dès mercredi à une croissance "anémique" d'ici à la fin de l'année en France. Selon la banque d'affaires américaine, l'année finirait à 1,6% et 2012 plafonnerait à 0,9% seulement, en raison d'une "aggravation de la crise des dettes souveraines dans la zone euro et d'un ralentissement du commerce mondial".

Seul Jean-Paul Betbèze, chef économiste du Crédit agricole, se montre un peu plus optimiste, tablant sur 1,7% de croissance cette année, un poil de moins que le gouvenement, mais à deux conditions: "que nous passions à côté de problèmes majeurs pour la Grèce et que les Etats Unis ne tombent pas en récession".