Saab à la merci de ses créanciers, sans protection contre la faillite

© 2011 AFP

— 

La justice suédoise a refusé jeudi d'octroyer à Saab la protection contre la faillite demandée la veille par sa maison mère Swedish Automobile, si bien que le constructeur automobile suédois est désormais à la merci de ses créanciers, parmi lesquels ses salariés.

"Le tribunal de Vänersborg a aujourd'hui à 14h00 (12h00 GMT) décidé de refuser à Saab Automobile (...) la demande de restructuration volontaire", c'est à dire de mise sous protection de la loi contre les faillites qu'avait réclamée Swedish Automobile pour tenter de sauver Saab, selon un communiqué.

"Le tribunal a conclu qu'il n'y avait pas suffisamment de raisons de penser qu'une restructuration de l'entreprise fonctionnerait", explique la cour en estimant que Saab "est dans l'incapacité de payer ses dettes".

La principale organisation syndicale de Saab, IF Metall, a dit "regretter" cette décision de la justice après avoir estimé la veille que la demande de protection contre la faillite "pourrait être une bonne solution".

De son côté, Swedish Automobile s'est dit "déçu" et annonce dans un communiqué sa volonté d'interjeter appel.

Mais celui-ci n'étant pas suspensif, Saab qui croule sous 150 millions de dettes, d'après son PDG Victor Muller, est désormais à la merci de ses créanciers qui peuvent pousser le constructeur suédois à la faillite.

"Nous demandons a tous nos créanciers de garder leur sang froid jusqu'à ce que le processus d'appel soit terminé", a plaidé M. Muller, cité par l'agence TT.

Cependant, le patron de IF Metall, Stefan Löfven, a immédiatement annoncé que "si l'entreprise ne trouve pas une autre solution ou si elle ne déclare pas faillite elle-même, nous pourrons être obligés de le faire nous dans les prochains jours".

Depuis juin, l'unique usine de production à Trollhättan (sud-ouest de la Suède) est à l'arrêt et une partie des salariés de Saab reçoivent leurs émoluments avec retard. Les salaires d'août n'ont toujours pas été versés.

M. Muller avait expliqué mercredi que la demande de protection contre la faillite avait pour but de "ramener la sérénité (...) faire en sorte que rien n'arrive à Saab" en attendant le versement, annoncé pour octobre-novembre, de quelque 245 millions de dollars par les nouveaux partenaires chinois Pang Da et Yougman.

Mais jeudi, le tribunal de Vänersborg a considéré qu'il n'était pas sûr que Saab "parviendrait à résoudre sa crise de liquidités et à poursuivre ses activités".

"En ce qui concerne les solutions financières, l'entreprise n'a fourni que de vagues informations sur des discussions visant à résoudre" son problème de liquidités, poursuit le tribunal dans ses attendus.

En outre, "on ne sait toujours pas si -ni quand- les autorités chinoises approuveront l'accord" de financement et rien ne prouve que "le financement prévu sera suffisant (...) à long terme", selon les juges.

La ministre suédoise des Entreprises Maud Olofsson a estimé que la balle était dans le camp des syndicats dans la mesure où "il est très gênant que des employés ne soient pas payés", mais elle a jugé "très inhabituel qu'un tribunal dise non à une restructuration", selon TT.

Saab avait déjà bénéficié d'une telle protection en février 2009, obtenant l'effacement de 75% de sa dette, mais pouvait à l'époque s'appuyer sur la sortie de plusieurs nouveaux modèles, n'avait pas eu à cesser sa production et avait profité des largesses de son propriétaire GM.

Les juges ont constaté jeudi que "depuis la restructuration de 2009, plusieurs décisions avaient été prises pour obtenir les liquidités nécessaires. Malgré ces efforts, les problèmes financiers de l'entreprises perdurent. Le tribunal considère donc la restructuration précédente comme un échec".

La cotation de l'action Swedish Automobile à la Bourse d'Amsterdam est suspendue depuis mercredi matin.