Athènes multiplie les promesses pour tenter de sortir de la spirale infernale

© 2011 AFP

— 

Dans l'urgence, Athènes multiplie les promesses de réformes tout en tentant de boucler avec des centaines de banques l'accord sur un rééchelonnement de sa dette, afin de garantir le maintien sous perfusion du pays, plus que jamais au bord du gouffre.

Alors que les marchés sont de plus en plus convaincus que le pays fera défaut sur sa dette et sortira de la zone euro, les feux verts accordés par l'Allemagne et la France aux plans de soutien à la Grèce n'ont pas suffi pour apaiser les inquiétudes, face à une montée des résistances et des replis en Europe et aux mauvaises performances budgétaires et économiques grecques.

Dans un climat d'extrême fébrilité, le tabou d'une sortie forcée de la Grèce de la zone euro a été brisé jeudi. La Commission européenne a dû publiquement exclure un tel scénario, après une offensive des Pays-Bas contre le maintien de la Grèce dans la zone.

Athènes avait pourtant tenté de rebondir mardi, en annonçant une accélération des privatisations et promettant de s'attaquer sans plus de délais à la réduction de son secteur public pour poursuivre l'assainissement de ses finances publiques.

Cela lui a valu quelques signaux positifs, notamment sur l'avancement du gigantesque programme d'échange de dette grecque négocié avec les banques de 57 pays.

Le programme, décidé le 21 juillet à Bruxelles, avance "d'une manière satisfaisante" a indiqué une source gouvernementale grecque jeudi.

Mardi, l'Institut de la finance internationale (IIF) basé à Washington avait lui aussi indiqué que le soutien des banques à cette procédure était "fort". L'IIF vise à une participation des créanciers privés de la Grèce à hauteur de 90%.

L'opération d'échange de titres prévoit pour les banques une perte volontaire de 21% sur leur mise initiale. Le road-show se poursuit avec les institutions des pays hors de la zone euro et doit s'achever d'ici fin septembre début octobre, a indiqué la source gouvernementale grecque.

Un haut responsable bancaire grec avait espéré récemment auprès de l'AFP que la réussite de cette opération déclenche un "cercle vertueux" sur les marchés pour faire repartir la confiance.

Côté budgétaire, le gouvernement grec tente de mettre les bouchées doubles, avec l'aide d'une mission technique de la troïka des créanciers du pays, pour poursuivre l'assainissement des comptes publics dans le projet de budget 2012 en cours d'élaboration.

En jeu, le déblocage de la sixième tranche du prêt UE-FMI de 110 milliards d'euros accordé en 2010.

Après le départ précipité de la Troïka d'Athènes la semaine dernière, le ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble n'a pas pris de gants pour pousser la Grèce à faire plus d'efforts d'économies. Il a mis en garde contre "de nouvelles conséquences" pour le deuxième plan d'aide du 21 juillet si Athènes échouait à tenir ses promesses d'austérité et réformes.

"Selon nous, il n'y a pas de problèmes en ce qui concerne le versement de cette tranche car nous faisons notre devoir" a répondu le porte-parole du gouvernement, Ilias Mossialos, relativisant les déclarations allemandes.

"Nous ne mettons en aucune manière en danger l'accord du 21 juillet, nous avançons le calendrier pour la mise en oeuvre des mesures (...) comme l'institution d'une grille unique de salaire pour la fonction publique" a-t-il ajouté.

Par ailleurs, le gouvernement ratisse tous azimuts pour renflouer les caisses. Ainsi une loi censée mettre fin aux constructions illégales qui rongent le pays, vient d'être votée, prévoyant des amendes forfaitaires régularisant de fait les constructions existantes, au grand dam des écologistes.

Néanmoins, les marges de manoeuvre sont de plus en plus limitées, en raison de la récession qui prend des allures de dépression: le PIB grec au 2e trimestre a ainsi été révisé à la baisse, à -7,3% sur un an, et le chômage s'élevait à 16% en juin.

Les syndicats et les Indignés vont manifester samedi à Salonique (nord) durant le traditionnel discours de rentrée qu'y prononcera le Premier ministre Georges Papandréou.

Le Fonds monétaire international, l'un des trois composants de la Troika (avec UE et BCE), a maintenu à "mi-septembre" la date prévue de son retour en Grèce.

A Paris, le président de l'Autorité des marchés financiers français (AMF), Jean-Pierre Jouyet, a jugé jeudi envisageable une mise sous tutelle de la Grèce, en cas d'échec de son plan de sauvetage. Ceci afin d'éviter que l'ensemble du navire euro ne coule avec la Grèce.