Zone euro: le tabou d'une sortie de la Grèce commence à se briser

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Pousser la Grèce vers la sortie de la zone euro ? la menace est désormais ouvertement agitée alors qu'Athènes ne parvient pas à honorer ses promesses budgétaires et qu'un nombre grandissant de pays rechignent à lui prêter de l'argent.

Le tabou a été brisé par les Pays-Bas, un des pays européens qui s'est fait le plus prier pour accepter en juillet un deuxième plan de sauvetage de la Grèce, de quelque 160 milliards d'euros au total. Alors que la crise de la dette ne donne aucun répit à l'Union monétaire, le ministre néerlandais des Finances, Jan Kees de Jager, a appelé jeudi à sanctionner les pays incapables de se soumettre aux exigences européennes de discipline budgétaire.

« Pas d'autre option que de la quitter»

« Si un pays ne souhaite pas satisfaire aux exigences (de la zone euro), alors, il n'y a pas d'autre option que de la quitter », a assuré le ministre. « Si on n'arrive pas se tenir aux règles du jeu, alors il faut quitter le jeu », a-t-il ajouté. Une opinion qui fait écho aux propos du Premier ministre néerlandais lui aussi favorable à la mise en oeuvre de sanctions allant jusqu'à une sortie de la zone euro et prêt, à plus long terme, à une révision des traités européens afin d'en exclure les mauvais élèves.

La poussée de fièvre néerlandaise répond aussi à des préoccupations de politique intérieure, soulignent des diplomates. Le gouvernement minoritaire du Premier ministre libéral Mark Rutte est soutenu au Parlement par l'extrême droite eurosceptique de Geert Wilders, opposée à l'aide à la Grèce et à qui il doit donner des gages.

« Aucune sortie, ni expulsion de la zone euro n'est possible d'après le traité de Lisbonne. La participation à la zone euro est irrévocable », a répliqué jeudi la Commission européenne.

Offensive symptomatique

Mais, l'offensive des Pays-Bas est symptomatique des réticences croissantes dans certains pays de la zone euro à continuer de délier les cordons de la bourse en faveur de la Grèce, menacée de banqueroute par un endettement excessif. C'est le cas aussi en Finlande, qui exige des garanties strictes, ou en Slovaquie, qui traîne des pieds pour adopter le deuxième plan de soutien financier à la Grèce.

Ce climat est alimenté par les difficultés que rencontre Athènes pour remplir ses engagements d'assainissement des comptes publics, illustrées par le départ la semaine dernière des bailleurs de fonds étrangers du pays - UE, Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque centrale européenne (BCE).

La délégation de la « troïka » avait interrompu de manière inopinée sa mission après avoir constaté des retards dans la mise en oeuvre des réformes prévues et la dérive du déficit public par rapport aux objectifs. La troïka doit faire son retour mercredi prochain, mais un doute plane sur le fait de savoir si le FMI acceptera de participer au versement des 8 milliards d'euros promis en septembre à la Grèce, avec un nouveau psychodrame comme au début de l'été.

Cette situation entretient les craintes sur les marchés financiers: les taux auxquels la Grèce se finance ont atteint cette semaine 90% à un an et à 50% pour les taux à deux ans, signe qu'aux yeux des investisseurs, le pays va être en faillite sur la majeure partie de sa dette.

Pour répondre aux exigences de la troïka, la Grèce s'est engagée à accélérer les cessions d'actifs ou de sociétés publiques afin d'augmenter les recettes et réduire le poids financier du secteur public. Cela va-t-il suffire? Dans le même temps, le second plan d'aide au pays peine à se concrétiser. La participation attendue du secteur privé pourrait être insuffisante (en-deçà de 90%).

En cas d'échec du plan de sauvetage et de non-respect par la Grèce de ses engagements économiques, une mise sous tutelle est envisageable, a affirmé l'ancien secrétaire d'Etat français aux Affaires européennes, Jean-Pierre Jouyet.