La BCE devrait garder son taux à 1,5% en raison de la croissance poussive

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La Banque centrale européenne (BCE) devrait maintenir jeudi son principal taux directeur à 1,5%, un scénario voué à durer en raison de la crise de la dette en zone euro et des inquiétudes sur un ralentissement économique généralisé, estiment les analystes.

Après deux relèvements en avril et juillet, de 25 points de base à chaque fois, "nous n'attendons pas de nouvelle hausse" jeudi, écrivent les analystes de Postbank.

Leurs confrères de UniCredit sont d'avis que s'ouvre même "une période prolongée de politique de taux stables".

Ils en veulent pour preuve les récentes déclarations du président de la BCE Jean-Claude Trichet devant le Parlement européen, selon lesquelles l'institution monétaire est en train "d'évaluer" les perspectives de l'inflation face à une croissance qui s'annonce "modeste".

Or, c'est le niveau de l'inflation en zone euro, qui évolue au-dessus du seuil toléré par la BCE de 2% depuis la fin d'année dernière, qui a justifié les précédents tours de vis.

Mais depuis, la croissance européenne montre des signes d'essoufflement, y compris en Allemagne, première économie de la zone.

En juillet, la croissance de l'activité privée en zone euro a à nouveau stagné, selon des chiffres publiés mardi qui font dire aux économistes de Deutsche Bank que "la hausse (de taux) de juillet pourrait avoir été une erreur".

Certains s'attendent même à ce que la BCE soit contrainte de faire machine arrière et de baisser ses taux dans les mois à venir.

"Les chiffres et études récents suggèrent que le prochain geste de la BCE pourrait être en fait de baisser ses taux d'intérêt", estime ainsi Howard Archer, de IHS Global Insight.

Pour Jennifer McKeown, de Capital Economics, elle sera peut-être contrainte de le faire dès décembre. La tâche en reviendrait donc à l'Italien Mario Draghi, qui succédera à M. Trichet le 1er novembre à la tête de l'institution monétaire de Francfort (ouest).

D'autant que la BCE est isolée dans sa stratégie de resserrement monétaire. La Banque centrale américaine, la Fed, a elle annoncé le 9 août qu'elle était prête à maintenir ses taux proches de zéro jusque mi-2013 tandis que la Banque d'Angleterre ne prévoit pas de relever les siens avant la fin 2012.

Lors de la conférence de presse qui suit la décision sur les taux, M. Trichet sera sans doute une nouvelle fois soumis à un feu de questions sur son programme de rachat d'obligations publiques sur le marché secondaire, où s'échangent les titres déjà émis. Une tâche dont la BCE a toutefois obtenu fin juillet d'être déchargée par le Fonds d'aide européen (FESF), une fois que les parlements nationaux auront voté l'élargissement de ses prérogatives.

Introduit en mai 2010, ce programme controversé au sein même de la banque centrale avait été mis en sommeil pendant près de cinq mois avant d'être relancé début août face à l'accentuation de la crise de la dette et aux appels pressants de responsables européens impuissants à calmer la spéculation sur les marchés.

Depuis, la BCE a racheté pour près de 43 milliards d'euros de dette publique, portant le montant total qu'elle détient à 115,5 milliards. Avec succès jusqu'à présent, puisque les taux d'emprunt italiens et espagnols se sont détendus.

Le président de la Banque centrale allemande et membre du conseil des gouverneurs de la BCE Jens Weidmann s'est toutefois publiquement inquiété de l'effacement des frontières entre "politiques monétaire et budgétaire", qui selon lui menace la crédibilité des banques centrales.

Le président allemand Christian Wulff a lui jugé ce programme "discutable sur le plan légal".

Mais "quelle alternative y avait-il?", lui a rétorqué le président de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (Berd), l'Allemand Thomas Mirow, tandis que M. Trichet a appelé à l'application rapide de l'accord européen du 21 juillet.