Le français Alstom à la conquête du marché russe des chemins de fer

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"Nous voulons devenir russe": le français Alstom n'a pas caché ses ambitions mercredi vis-à-vis du marché en pleine expansion des chemins de fer russes (RZD), qui cherchent à se moderniser et sont prêts pour cela à investir des dizaines de milliards d'euros.

"Nous avons signé pour plus d'un milliard d'euros de contrats en un an, alors que nous partions de zéro il y a dix-huit mois (...) c'est extrêmement significatif", a déclaré à l'AFP Thierry Best, directeur commercial d'Alstom Transport, à l'occasion de l'exposition 1520 (l'écartement en millimètres des rails en Russie) organisée jusqu'au 10 septembre à Tcherbinka, dans la banlieue de Moscou.

"Je n'ai pas d'exemple de pays où Alstom ait connu une croissance aussi forte", a ajouté M. Best.

En 2010, Alstom a fait une entrée remarquée sur le marché russe, tout d'abord en lançant un train rapide reliant Saint-Pétersbourg à Helsinki, puis en entrant à hauteur de 25% plus une action au capital de Transmasholding, le numéro un russe de la construction ferroviaire, également détenu à 25% par RZD.

Selon leur communique de presse, Alstom et TMH ont obtenu pour 3,5 milliards de dollars de commandes depuis le début de leur alliance en 2008, année où ils ont signé la lettre d'intention pour leur partenariat.

Mais le français ne "veut pas s'arrêter là" et compte renforcer sa présence en Russie, en augmentant sa part dans des sociétés russes comme TMH, et en multipliant les partenariats et coentreprises.

Le marché russe apparaît en effet prometteur, avec des investissements à hauteur de 13.000 milliards de roubles (312 milliards d'euros) prévus d'ici 2030 pour le renouvellement de 20.000 kilomètres de lignes de chemin de fer, a indiqué mercredi le patron de RZD, Vladimir Iakounine.

La part belle va être faite au développement des lignes à grande vitesse. Elles font cruellement défaut dans ce vaste pays qui doit accueillir les Jeux Olympiques d'hiver en 2014 et la coupe du monde de football en 2018, deux événements sportifs synonymes d'afflux massif de touristes.

Ainsi, plus de 2.500 kilomètres de lignes seront consacrés à la grande vitesse, a indiqué M. Iakounine.

La première ligne de TGV qui va être construite reliera Moscou à Saint-Pétersbourg. Un appel d'offre international va être lancé en ce sens et les chemins de fer français, ainsi qu'Alstom, ont déjà fait part de leur intérêt.

Pour l'exposition 1520, Alstom et TMH ont d'ailleurs voulu marquer le coup en révélant, onze mois seulement après en avoir pris commande, la première locomotive issue de leur partenariat: la locomotive électrique EP20, qui doit transporter des passagers à 200 kilomètres/heure jusqu'à Sotchi, ville des bords de la Mer Noire où auront lieu les JO de 2014.

Cette locomotive, adaptée aux conditions locales et qui résiste à des températures allant jusqu'à moins 50, desservira à terme d'autres villes russes, a-t-om précisé chez Alstom.

Outre l'EP20, le français et TMH ont également obtenu une commande de 200 autres locomotives électriques, cette fois-ci pour le transport de fret, et ils envisagent de créer une société commune dans le domaine de la signalisation ferroviaire avec le centre de recherche et de production Promelectronica d'ici fin 2011.

Les concurrents allemand Siemens et canadien Bombardier sont cependant bien implantés en Russie. Siemens, notamment, a lancé le train Sapsan, désormais incontournable, reliant Moscou à Saint-Pétersbourg avec des pointes à 250 kilomètres/heure.

Et selon le PDG de Siemens AG, Peter Loescher, présent à l'exposition, le groupe allemand "n'a jamais été aussi proche" de RZD.