Soulagement des marchés après l'aval allemand au sauvetage de l'euro

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Les marchés financiers retrouvaient des couleurs mercredi, grâce notamment au soulagement suscité par le verdict de la Cour constitutionnelle allemande, laquelle a jugé légales les aides promises par Berlin pour lutter contre la crise dans la zone euro.

Souvent qualifié "d'empereur de substitution" (Ersatzkaiser) tant est grande son autorité morale, le juge constitutionnel allemand a validé la première aide à la Grèce en 2010 et la mise en place du fonds de secours européen.

Un jugement contraire -- alors que plus d'un quart du financement des plans de secours européens repose sur l'Allemagne --, aurait provoqué un chaos incommensurable dans une zone euro sous haute tension, où les Parlements italien, français et espagnol débattent de plans de rigueur, tandis que les finances grecques n'en finissent plus de déraper.

Traversant l'Atlantique, ce prudent regain de confiance a gagné Wall Street, où les courtiers se félicitaient de ce répit bienvenu. Les Bourses européennes ont de leur côté toutes clôturé dans le vert, avec des hausses dépassant pour la plupart les 3%.

"Ce jugement était attendu, mais il n'en constitue par moins un soulagement", a ainsi commenté Patrick O'Hare, du site financier Briefing.com.

"En premier lieu, la Cour n'ajoute pas au chaos qui entoure les accords sur la dette souveraine en Europe, et ensuite, le marché se rend compte que rien n'est gagné d'avance sur ces questions", a-t-il ajouté.

Selon le président de la Cour constitutionnelle allemande, ni l'aide à Athènes au printemps 2010 ni la création du fonds de secours européen FESF "ne violent l'article 38 (de la Constitution allemande) sur le droit de vote".

"Ni la souveraineté budgétaire ni la marge de manoeuvre des Parlements futurs" n'ont été compromises, a ainsi estimé Andreas Vosskuhle, en prononçant un jugement attendu avec fièvre dans toute l'Europe.

A Bruxelles, la Commission européenne a exprimé sa "satisfaction", tandis que la chancelière Angela Merkel se félicitait de ce que la Cour ait "absolument confirmé" le chemin suivi par l'Allemagne.

La décision des juges "ne change rien au fait que les décisions à prendre sont difficiles", a reconnu de son côté le ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble, "mais le débat sur leur conformité à la constitution est terminé".

La plus haute instance judiciaire allemande a toutefois rappelé les prérogatives du Bundestag, dont la commission budgétaire devra désormais donner son feu vert "au cas par cas pour toute mesure d'aide de grande importance".

Pas question pour Berlin de ratifier des accords prévoyant une "communauté de dettes", surtout si celle-ci est "liée à des conséquences difficilement prévisibles", ont prévenu les juges. Ceci devrait donner des arguments aux opposants à la création d'obligations européennes communes ou "eurobonds".

Si cette décision a levé une incertitude, au grand soulagement des investisseurs, la situation demeure toutefois très fragile sur les marchés financiers, notaient les courtiers.

La pression reste donc élevée sur les Etats, notamment sur l'Italie, où les sénateurs ont donné mercredi soir un premier feu vert à un plan d'austérité, renforcé à la dernière minute après moult tergiversations, pour un montant de 54,2 milliards d'euros d'ici 2013.

Ce plan doit désormais être entériné définitivement dans les prochains jours par les députés lors d'un vote dont la date n'a pas encore été fixée.

A Madrid, le Sénat espagnol a approuvé mercredi une "règle d'or" de stabilité budgétaire, devenant le deuxième pays, après l'Allemagne, à introduire dans sa Constitution cette disposition.

En France, l'Assemblée nationale a de son côté voté l'accord européen de sauvetage de la Grèce d'un montant de 159 milliards d'euros, mis au point le 21 juillet par les pays de la zone euro, apportant ainsi la garantie de l'Etat français au deuxième plan d'aide à Athènes.