Le prix de l'or bat des records, la bijouterie s'adapte

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Face à l'envolée du prix de l'or qui a encore battu mardi un nouveau record, la bijouterie est obligée de s'adapter, quitte pour les premiers prix à passer du 18 carats au 9 carats pour limiter les hausses de tarifs, ou dans les produits plus luxueux à privilégier les pierres.

Le prix du métal jaune a encore battu mardi un record, à 1.921,17 dollars l'once, jouant plus que jamais son rôle de valeur refuge.

Pour beaucoup de professionnels, les records successifs de l'or ces dernières semaines sont "préoccupants pour les fabricants qui doivent financer leurs stocks", explique à l'AFP Bernadette Pinet-Cuoq, président délégué de l'Union française de la bijouterie, orfèvrerie, des pierres et des perles (UFBJOP), présente cette semaine sur le salon Précieux à Paris.

"C'est un nouveau paramètre pour le secteur", résume-t-elle.

"Jusqu'à présent, on rognait sur les marges. Mais là, en septembre, on est obligés d'augmenter nos prix", explique Frédéric Saint-Romain, président du joaillier Tournaire, dont la hausse se situera autour de 8%.

Les détaillants s'adaptent aussi. Christine Boquet, présidente déléguée du syndicat Saint-Eloi-Union du commerce horlogerie-bijouterie, raconte que l'heure est à des produits en or "très fins et de nouveaux titres comme le 9 carats prisé des pays anglo-saxons". Peu présent en France, il va sans doute prendre toute sa place car "il permet de "rester dans des prix acceptables pour le consommateur", surtout pour les prix d'entrée.

Sur un an, les ventes de bijoux en or 18 carats ont chuté de 13% entre (juillet 2010 et juin 2011) alors que les prix moyens ont grimpé de 11%, selon les statistiques de la profession. Les mouvements sont un peu moins prononcés pour l'or toutes catégories confondues (respectivement -8% et +8%).

Quant à l'argent, crise économique aidant, il poursuit son ascension avec 14% de ventes en plus pour un prix moyen en léger repli (-1%).

Dans le haut de gamme, Meyer Habib, directeur général du joaillier Groupe Vendôme, juge que la hausse de l'or "ne se ressent pas tellement à ce jour" sur les ventes, car "nos clients considèrent qu'un bijou est un investissement".

Le joaillier choisit donc de rogner sur ses marges et d'augmenter ses prix. "Nos clients le comprennent, même s'ils grognent un peu", a-t-il raconté à l'AFP lors du salon professionnel Printor. Mais pas question de toucher à l'or 18 carats.

Dans le moyen ou bas de gamme, "le client va davantage se rabattre soit sur du non-précieux, soit sur de l'argent, soit sur du 9 carats", explique, sous couvert d'anonymat, un joaillier lyonnais.

L'envolée du prix a un impact différent selon que le bijou est tout en or ou pas ou que la façon est importante ou pas.

"Plus l'or monte, plus on doit être créatif", explique-t-on chez Gucci qui à l'instar d'autres grandes marques, ont pris l'habitude de faire se côtoyer des matériaux très différents comme l'acier et or, la céramique et l'or, ou encore la présence accentuée de pierres précieuses permettant de diminuer la part de l'or dans le bijou.

Bien que l'or ait "quasiment triplé" depuis le début de sa marque Redline il y a sept ans et le diamant "bien augmenté aussi", Laetitia Cohen-Skalli raconte que cela "n'empêche pas le client de venir car pour lui, le bijou a de la valeur". Au Japon, raconte-t-elle, même les catastrophes n'ont pas eu d'impact sur ses ventes.

Pour Deborah Lombroso, créatrice de la griffe Seijna, "le client va finir par s'habituer" aux tarifs. "La conjoncture difficile et l'augmentation du prix des matières premières, n'empêcheront pas les gens de se marier", dit-elle.

Ou à vendre les bijoux de famille restés au fond des tiroirs. Chez Tournaire, les clients sont de plus en plus nombreux à apporter leur or "principalement pour le transformer en un nouveau bijou".