Sébastien Korchia: «Laisser la Grèce faire faillite et créer un plan de sauvetage pour les banques»

ECONOMIE Les valeurs bancaires se font «massacrer» en Bourse. Comment peuvent-elles s’en sortir? Réponse avec Sébastien Korchia, gérant actions chez Meeschaert...

Propos recueillis par Mathieu Bruckmüller

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Salle de marché de la banque ABN Amro à Amsterdam.
Salle de marché de la banque ABN Amro à Amsterdam. — K. Weel / ANP / AFP

Les titres des banques françaises vivent une nouvelle séance noire, mardi, à la Bourse de Paris avec des pertes qui dépassent les 5% pour la Société Générale, le Crédit Agricole, Natixis et BNP Paribas. Depuis le début de l'année, ils ont chuté de plus de 30%. La Société Générale prend la tête de ce triste palmarès avec un plongeon de 52%. Où s'arrêtera l'hémorragie? 20Minutes fait le point avec Sébastien Korchia.

Comment expliquez-vous la déroute des banques en Bourse?

La semaine dernière, une mission d’évaluation composée du FMI, de l’Union Européenne et de la BCE qui s’était rendue en Grèce pour superviser la mise en place de leur plan d’austérité a claqué la porte.

Le marché se dit que le FMI pourrait arrêter de renflouer la Grèce. Pour preuve, le taux d’intérêt des obligations grecques à un an a atteint hier les 80%. A deux ans, il est à 49%. De tels chiffres suggèrent que les investisseurs parient sur un défaut quasi-certain du pays.

Si cela se produit, c’est la fin de la partie. La Grèce sera en faillite et les obligations grecques ne vaudront plus rien. En conséquence, les banques européennes qui détiennent en partie de la dette grecque (dont la Société Générale, BNP Paribas et BPCE) subiront des pertes conséquentes. Elles devront donc être recapitalisées jusqu’à 200 milliards d’euros si l’on en croit le FMI. Seul hic: faire une augmentation massive de capital en période de chute des marchés boursiers n’est pas très opportun, surtout si toutes les banques se livrent de concert à cet exercice.

Quelle est la solution pour enrayer cette spirale à la baisse?

La décision est politique. La question qui se pose est: ne faut-il pas laisser sortir la Grèce de l’euro pour qu’elle puisse procéder à une dévaluation massive afin de s’en sortir?

Pour le marché, la solution serait que les sommes consacrées au sauvetage de la Grèce  soient désormais dédiées à la recapitalisation des banques européennes. Bref, laisser la Grèce faire faillite et créer un plan de sauvetage pour les institutions financières. C’est la seule solution pour arrêter l’hémorragie. Car au final, une chute en dominos des banques serait beaucoup plus grave que la faillite de la Grèce.

Les particuliers doivent-ils s’inquiéter?

Non, on peut dormir tranquille. Le Fond de garantie des dépôts (FGD) indemnise les particuliers à hauteur de 100.000 euros en cas de faillite d’une banque. Et de toute façon, aucun pays ne laissera tomber une seule de ses institutions. Si c’est le cas, le risque est de revoir une catastrophe en chaîne comme en 2008 avec la faillite de Lehman Brothers.

La solution ultime serait une nationalisation des banques. D’ailleurs, celles qui ont été nationalisées en 2008 sont celles qui enregistrent les meilleurs scores boursiers. Signe que quand l’Etat est au capital, les banques sont protégées. Aujourd’hui, les banques françaises sont très solides. Et la baisse de leurs titres en Bourse n’est pas plus importante que celle de leurs consœurs européennes.