L'hôtellerie dit non à une taxe qui plomberait la compétitivité de la France

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L'hôtellerie française refuse toute taxe sur les hôtels de luxe, même de 2%, car la mesure plomberait selon elle la réforme du classement hôtelier en cours et par ricochet la compétitivité de l'offre française dans une concurrence internationale féroce.

"Cette mesure va totalement à l'encontre de tout l'effort fait depuis deux ans pour redorer le blason hôtelier français", a déclaré mardi à l'AFP Didier Chenet, le patron "en colère" du Synhorcat, qui représente la grande majorité de l'hôtellerie de luxe.

Les députés ont commencé à débattre mardi des premières mesures du plan de rigueur dont une taxe de 2% sur les nuitées des hôtels quatre étoiles et plus, décidée pour compenser l'abandon d'une hausse de 5,5% à 19,6% de la TVA dans les parcs à thème.

Dans un premier temps, il était question d'un relèvement du taux de TVA à 19,6% sur l'hôtellerie de luxe avant d'être ramenée à une taxe de 2%.

"A quand le retour de la TVA à 33% sur les hôtels?", ironisait mardi l'Umih, principal syndicat français de l'hôtellerie et de la restauration, référence à une mesure prise il y a plus d'une vingtaine d'années et qui avait abouti à ce que des hôtels se déclassent de quatre à trois étoiles.

La France, première destination touristique mondiale, s'est lancée dans une vaste réforme du classement hôtelier, sous l'égide du numéro 2 actuel de l'UMP Hervé Novelli, alors secrétaire d'Etat au Tourisme, pour actualiser les critères d'attribution au goût du jour.

Une cinquième étoile avait été créée puis une distinction palace, afin de valoriser l'offre française face à la concurrence internationale.

Les hôteliers ont jusqu'au 21 juillet 2012, s'ils le souhaitent, pour adopter le nouveau classement.

A ce jour par exemple, 500 hôtels 4 et 5 étoiles ont adopté le nouveau classement sur quelque 850 classés aux anciennes normes.

Pour les organisations patronales, une taxe de 2% signifie à court terme "la mort du nouveau classement hôtelier" qui a eu du mal à prendre chez les indépendants de toutes catégories, dans l'attente également de nouvelles normes anti-incendie et d'accessibilité.

Concrètement, les professionnels craignent qu'avec cette taxe de 2% un hôtelier n'ait plus envie d'investir pour être aux nouvelles normes quatre étoiles ou plus si c'est pour payer plus d'impôts et avoir moins de clients.

Or, a souligné à plusieurs reprises l'actuel secrétaire d'Etat au Tourisme Frédéric Lefebvre, hostile à cette taxe, la fréquentation hôtelière française est tirée par le haut de gamme.

Pour Georges Panayotis, patron du cabinet spécialisé MKGM, "2% de plus pour le client d'un quatre ou un cinq étoiles ce n'est pas beaucoup, mais quand il s'agit d'un congrès sur Cannes et que la ville est en compétition avec Barcelone, 2% c'est beaucoup".

A Paris, le tourisme d'affaires est quasiment aussi important que le tourisme de loisirs.

Pour lui, l'offre haut de gamme française risque de s'appauvrir par rapport à Londres par exemple.

Et pour rapporter quoi? s'interroge Didier Chenet. "C'est une mesure qui ne rapportera rien ou presque à l'Etat" mais aura un effet sur l'image du secteur "épouvantable".

Le patron du Synhorcat, qui a envoyé un mail à tous les députés, regrette que la mesure ait été prise "sans analyser ses conséquences sur l'activité et les emplois derrière".

L'Umih a écrit à Jean-François Copé pour appeler les députés de l'UMP "à ses responsabilités".

Christian Manteï, directeur général d'Atout France, l'organisme chargé de la promotion de la France à l'étranger et du suivi de la réforme du classement hôtelier, craint que les hôteliers "passent de la parole aux actes, ce qui va nous coûter cher en attractivité", dit-il à l'AFP.