Crise de la dette: le fédéralisme ne fait plus peur à la zone euro

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La crise persistante de la dette en zone euro pousse les dirigeants européens à briser les tabous en envisageant un pilotage en commun de plus en plus poussé de leurs économies et des transferts de souveraineté nationale inimaginables il y a encore quelques années.

Si mutualiser les dettes via la création d'euro-obligations reste à ce stade écartée --l'Allemagne et la France s'y refusant--, l'idée de créer un gouvernement politique de la zone euro monte en puissance, quitte à en passer par une révision toujours très risquée des traités européens.

L'Italien Mario Draghi, qui s'apprête à prendre la tête de la Banque centrale européenne (BCE), vient de se prononcer pour une "large" révision du traité car la crise actuelle est née d'une "construction européenne inachevée".

Lundi, un groupe d'experts composés de sommités dont l'ex-président de la Commission européenne Jacques Delors, ne disait rien d'autre en affirmant que la zone euro "doit décider si elle va dans le sens d'une plus grande intégration économique et budgétaire" ou prendre le risque d'imploser.

Plus surprenant: en Allemagne, où les réticences étaient traditionnellement fortes, un débat intense sur le fédéralisme économique s'est engagé. Objectif: s'assurer que tous les pays mènent des politiques budgétaires rigoureuses.

Plusieurs dirigeants militent en ce sens, dont le ministre des Finances Wolfgang Schaüble, qui se dit prêt à des concessions en terme de souveraineté, pour assurer la survie de la zone euro.

"La politique budgétaire devrait être progressivement plus centralisée dans la zone euro, à condition que ce processus soit légitimé par un mandat démocratique fort", a estimé mardi le ministre dans une tribune publiée par le Financial Times.

Ce processus pourrait toutefois buter sur les réticences des citoyens de l'UE, qui avaient rejeté le projet de constitution européenne en 2005.

Le tandem franco-allemand a abondé dans le sens d'une intégration renforcée en soutenant mi-août la création d'un gouvernement économique de la zone euro au niveau des chefs d'Etat.

Jean-Dominique Giulani, président de la Fondation Robert Schuman, appelle à une "véritable refondation de l'Union".

Selon une source proche des discussions, les pistes envisagées au sein de la zone euro aboutiraient surtout à renforcer le rôle des gouvernements dans le pilotage économique commun à Bruxelles, aux dépens de la Commission européenne censée incarner l'intérêt général.

Il est question de confier au président de l'Union européenne Herman Van Rompuy la fonction supplémentaire de diriger l'Eurogroupe des ministres. Ou de nommer un président à temps plein de ce forum, qui ne cumule pas cette fonction avec d'autres mandats, ce qui évacuerait de fait Jean-Claude Juncker, actuellement à ce poste et dont la gestion de la crise de la dette est très critiquée.

Dans ce scénario, la casquette de président à temps plein de l'Eurogroupe pourrait échoir à un ancien ministre des Finances.

M. Van Rompuy doit présenter mi-octobre lors du prochain sommet européen des propositions pour améliorer le pilotage de la zone euro.

A plus long terme, le débat sur les euro-obligations a toutes les chances de refaire surface. De nombreux économistes y voient le seul moyen de résoudre durablement la crise de la dette. M. Trichet a aussi prôné la création d'un ministre des Finances de toute la zone euro.

Soit les pays de l'Union monétaire prennent le chemin d'une Union politique y compris dans le domaine budgétaire, "soit il ne nous reste qu'à dire que l'euro a été une expérience intéressante mais qui n'a pas réussi", met en garde le patron de la banque allemande Commerzbank, Martin Blessing, mardi dans le quotidien Handelsblatt.