La banque centrale suisse sort "l'arme atomique" contre l'envolée du franc

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La banque centrale suisse a sorti mardi "l'arme atomique" en décidant de fixer un taux de change plancher à sa devise, qui n'a cessé de s'apprécier ces derniers mois, mais une aggravation de la crise économique en Europe pourrait mettre à mal ces mesures.

"C'est l'arme atomique. La BNS (Banque nationale suisse) peut imprimer autant de francs suisses qu'elle veut pour acheter de l'euro. C'est une mesure très forte", a estimé Bernard Lambert, économiste à la banque Pictet. Dans un mouvement quasiment sans précédent depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, l'institut d'émission a annoncé qu'il avait décidé d'un taux plancher de 1,20 franc pour un euro, un seuil qu'il défendra avec "toute la détermination requise" et en achetant des devises en "quantité illimitée".

La Banque nationale suisse a employé une mesure extrêmement rare, qu'elle avait seulement utilisé une seule fois en 1978 pour enrayer l'appréciation du franc contre le Deutsche Mark. Concrètement, la banque centrale veut éviter que le franc s'apprécie au dessus de 1,20 franc pour un euro, un niveau qui fait souffrir l'économie suisse et particulièrement les exportateurs, dont les produits deviennent de plus en plus chers et donc moins compétitifs.

La fédération des entreprises suisses avait estimé dans une récente étude que la cherté persistante du franc, qui a pris plus de 11% face à l'euro et plus de 15% face au dollar depuis le début de l'année, menaçait 25.000 emplois chez les exportateurs. Pour la banque centrale, la cherté du franc "constitue une grave menace pour l'économie suisse et recèle le risque de développements déflationnistes".

Techniquement, la BNS doit émettre massivement des liquidités. L'institut d'émission "doit être prêt à jeter sur les marchés des volumes énormes de francs suisses pour être crédible", a précisé Janwillem Ackett de Julius Baer. "Cela ne doit pas valoir le coup pour un spéculateur de spéculer contre la BNS" et cette dernière devra employer jusqu'à 100 milliards de francs suisses par jour pour défendre sa position, selon M. Ackett.

Mais, nuance M. Lambert, la simple menace d'une intervention de la BNS sur les marchés pourrait refroidir les investisseurs et freiner l'appréciation du franc, une valeur refuge particulièrement recherchée en temps de crise économique. "La crédibilité de la BNS est importante", a insisté ce dernier.

Dans l'immédiat, l'annonce de la banque centrale a immédiatement relaché la pression sur la monnaie helvétique, qui s'échangeait à la mi-journée à 1,2036 franc pour un euro, contre 1,1098 franc pour un euro lundi à 21H00 GMT. L'annonce a été applaudie par les analystes et jugée "audacieuse" par les spécialistes de Capital Economics.

La BNS est désormais prête à intervenir de nouveau sur les marchés des changes pour acheter des devises au risque d'accumuler d'importantes réserves de changes et à subir des pertes sur ces positions, comme cela a été le cas en 2010,  ont-ils rappelé. "Mais avec le danger qui plane sur les exportations, la (BNS) a senti qu'elle n'avait pas d'autre choix", ont-ils souligné.

Toutefois, en cas d'aggravation de la crise de la dette dans la zone euro, le taux fixé par la BNS sera difficile à maintenir, car les investisseurs vont de nouveau se tourner vers les valeurs refuges. "Ces mesures ne seront pas suffisantes pour arrêter l'appréciation à moyen terme", ont estimé les analystes de Natixis, ajoutant que la banque centrale pourra difficilement résister à la pression d'une nouvelle aversion au risque, provoqué par une aggravation de la situation économique mondiale.