Lobbys VS plan d'austérité: «Dans les 24 heures qui ont suivi l'annonce de François Fillon, il y a eu des dizaines de rendez-vous»

ECONOMIE Thierry Coste, dirigeant du cabinet Lobbying et Stratégie, dévoile pour 20Minutes le déroulement de ces négociations...

Propos recueillis par Thibaut Schepman

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Thierry Coste, dirigeant du cabinet Lobying et Stratégie
Thierry Coste, dirigeant du cabinet Lobying et Stratégie — Thierry Coste, dirigeant du cabinet Lobying et Stratégie

Depuis l’annonce du plan d’économies par François Fillon, de nombreux lobbys et groupes d’intérêts concernés par les mesures ont fait entendre leur voix pour défendre leurs intérêts. Thierry Coste, dirigeant du cabinet Lobbying et Stratégie, dévoile pour 20Minutes le déroulement de ces négociations.

Avez-vous exercé votre activité de lobbyiste concernant les mesures du plan d’austérité?

Oui. Je travaille de manière générale sur toutes les lois de Finance, car elles impactent forcement des activités économiques de certains de mes clients. Sauf que ce plan est un cas particulier, puisqu’il n’y a pas eu de concertation préalable. On a réuni en urgence les technocrates de Bercy, qui ont rédigé en quelques jours une liste de mesures puis les dirigeants politiques ont fait des choix entre les différentes solutions. Or ces gens connaissent peut-être les questions budgétaires mais n’ont pas idée des conséquences pour les acteurs économiques. Ces derniers doivent donc forcément intervenir après, alors que le lobbying se fait habituellement en amont. 

Comment s’exerce ce lobbying lorsque les délais sont très courts, comme c’est le cas pour le plan d’économies du gouvernement?

Tout est une affaire de relations humaines, et tout se fait en direct. Dans les 24 heures qui ont suivi l’annonce de François Fillon, il y a eu des dizaines de rendez-vous. Chaque organisation tente d’abord de rencontrer les cabinets ministériels, pour essayer de comprendre pourquoi telle mesure a été choisie et se faire une idée des marges de manœuvre possible. L’essentiel pour le lobbyiste, c’est d’être bien informé et il y a des contacts de ce type jusqu’au début du processus parlementaire.

Dans le même temps, les organisations mobilisent les parlementaires. Les parlementaires adverses, pour qu’ils changent d’avis, mais aussi les parlementaires amis, pour qu’ils mettent en œuvre une réaction rapide. Il faut mobiliser le maximum d’élus à la fois médiatiques et compétentes. Dans le cas des parcs à thème, ce sont par exemple Jean-Pierre Raffarin, ancien Premier ministre et député de la Vienne où siège le Futuroscope, et Hervé Novelli, ancien secrétaire d’Etat au Tourisme qui ont communiqué. Enfin, il est bon de diffuser quelques bons arguments auprès de journalistes qui pourraient décider de faire un sujet.

Ces pratiques ne vont-elles pas à l’encontre de l’intérêt public? Le débat public s’est focalisé sur l’intérêt de quelques groupes, comme les parcs à thème, alors que plusieurs milliards d’euros ainsi que la gestion des finances publiques pour les années à venir sont en jeux…

Il ne faut pas toujours opposer intérêts privés et intérêts publics, puisque les acteurs économiques défendent avant tout leur activité, donc leurs emplois. Ils ne font qu’exposer leurs intérêts aux parlementaires, qui n’ont pas eu forcément les informations faute de temps et faute surtout d’une culture de la discussion. Il n’y a vraiment pas de monopole dans le lobbying, chaque groupe a la parole et ensuite que le meilleur gagne! Et, au final, ce ne sont pas les lobbyistes mais le pouvoir politique qui tranche sur le compromis.  Enfin, effectivement, le débat médiatique s’est focalisé sur certaines mesures particulières, mais cela ne serait peut-être pas arrivé si le débat avait eu lieu en amont.