Carrefour a du plomb dans l'aile

Mathieu Bruckmüller

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Une enseigne Carrefour en avril 2011.
Une enseigne Carrefour en avril 2011. — SOLAL/SIPA

Rien ne va plus chez Carrefour. Mercredi, le deuxième distributeur mondial, derrière l'américain Wal-Mart, va annoncer ses résultats semestriels. Et ils seront mauvais. Le groupe anticipe déjà une chute de 23% de son résultat opérationnel courant. Cause principale: des performances médiocres sur le sol français qui représente 40% de son chiffre d’affaires.

Perte de parts de marché

Selon les derniers chiffres du bureau d’études Kantar, Carrefour Hypermarchés a encore perdu 0,6 point de parts de marché en juillet à 11,18% après un recul de 1 point entre mai et juin. Du même coup, le groupe s’est fait ravir sa deuxième place par Intermarché (12,4%.) Loin devant, Leclerc trône à 17,6%.

«Les excuses prêtées à Carrefour fin juin pour expliquer ces faiblesses, notamment la mise en place difficile de la nouvelle organisation informatique, commencent à s’étioler. Les erreurs de gestion en magasin (de nombreuses ruptures de stocks anormales pour un tel groupe) viennent s’ajouter à un décalage des prix face à des concurrents particulièrement combatifs», explique un analyste qui requiert l’anonymat.

En effet, les prix sont de 3 à 5% plus élevés en moyenne que chez Leclerc et Intermarché. Ces derniers n’ont pas répercuté les hausses de prix des fournisseurs. Autre point noir:  le nouveau format d’hyper «Carrefour Planet» qui peine encore à convaincre. C'est dans ce contexte que Noël Prioux le nouveau patron du groupe pour la France, nommé en juin, dévoilera demain son plan d'action.

Pas d’amélioration à court terme

Mais faire revenir les clients dans les magasins est un travail de longue haleine et les analystes ne s’attendent à aucune amélioration significative à court terme vu l’environnement économique qui se dégrade. «Le rattrapage attendu sur la deuxième partie de l’année pourrait être difficile au regard de la poursuite des contre performances en été. Nous pensons que face à l’offensive de Leclerc et d’Intermarché, notamment sur les prix, Carrefour ne pourra pas récupérer l’intégralité du terrain perdu. La démotivation guette. Il y a un gros problème de management», souligne un analyste.

Et les inquiétudes en France se doublent d’incertitudes sur les activités brésiliennes qui représentent  le second marché de Carrefour. En effet, des rumeurs de plus en plus pressantes laissent à penser qu’elles pourraient être cédées à Wal-Mart faisant du leader mondial également le numéro 1 de la distribution au Brésil.

Des actionnaires très impatients

Jusqu’ici, le directeur général de Carrefour, Larf Olofsson, a refusé de s’en séparer. Il se dit plutôt ouvert à des partenariats en Amérique latine. Mais il pourrait bien être contraint de plier.  Groupe Arnault et Colony Capital qui détiennent 13,76% des actions de Carrefour exercent une pression très forte pour récupérer leur investissement. En effet, ils sont entrés chez Carrefour pour un prix de revient estimé à 53 euros par action. Or, le titre ne vaut plus que 18,7 euros, en chute de plus de 40% depuis janvier. Virtuellement, les pertes sont colossales. «La vente des actifs au Brésil permettrait à ces deux actionnaires de sortir à bon prix», juge un analyste.

C’est peu dire que Larf Olofsson a intérêt de rassurer les investisseurs demain. «Il est sur la sellette», avertit un analyste. A la moindre erreur, ce sera la porte.