Libye: «La présence économique française ne devrait pas être remise en cause»

ÉCONOMIE ichel Casals, président de la Chambre de commerce franco-libyenne, nous livre son analyse...

Propos recueillis par Thibaut Schepman

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Des drapeaux de rebelles lybiens aux côtés d'une bannière française lors d'une manifestation le 23 mars 2011
Des drapeaux de rebelles lybiens aux côtés d'une bannière française lors d'une manifestation le 23 mars 2011 — AFP PHOTO / PATRICK BAZ

Le régime de Kadhafi vit probablement ses derniers instants, et on pourrait très rapidement assister à une prise de pouvoir par le Conseil national de transition. Les contrats économiques noués entre le régime et des entreprises françaises sont-ils menacés?

Aujourd’hui, la quasi-totalité des contrats ont été suspendus depuis le conflit mais devraient pouvoir reprendre dès que la situation sera normalisée. Le Conseil national de transition (CNT) s’est engagé à garantir la continuité des contrats noués avec l’ancien régime. La Chambre de commerce franco-libyenne a rencontré le CNT à plusieurs reprises , dont la dernière à Benghazi en juillet où une délégation nous l’a confirmé à nouveau.

Pourtant, de nombreux observateurs assurent que les contrats étaient signés avec l’aval direct du clan Kadhafi, et à condition de verser des commissions…

Je tiens à affirmer que les contrats importants qui ont été signés respectaient en tout point les règles internationales. Il est vrai que 70% de l’activité économique était régie par le pouvoir en place. Il y avait de temps en temps la présence de proches du pouvoir, c’est une évidence, mais les règles étaient respectées. De plus, les contrats ont toujours été signés après appel d’offres, dans un climat de concurrence assez rude. Je ne vois pas comment il peut y avoir eu de la place pour des commissions.

Par ailleurs, la France est le cinquième partenaire économique de la Libye. Elle passe pour plus d’un milliard d’euros par ans de contrats dans des secteurs clés comme la distribution d’énergie, le transport, l’environnement, qui sont assurés par des entreprises leaders comme Alstom, Bolloré, Total, Veolia. Les Libyens n’ont aucune raison de se passer de cela, et la présence économique française en Libye ne devrait pas être remise en cause.

La France a été l’un des pays les plus actifs pendant le conflit. Espérez-vous des retombées économiques positives pour les entreprises françaises?

Les Libyens reconnaissent l’engagement français, ce qui laissera un peu de crédit aux entreprises du pays. Nous avons de quoi être optimiste et encourager nos entreprises à prendre les places qu’elles méritent. Nous allons rapidement organiser des rencontres là-bas. Mais je le répète, la concurrence sera très dure et rien n’est joué.

Des observateurs assurent que 35% de la gestion du pétrole du pays a été promis à la France. Confirmez-vous un engagement de cette nature?

Ce genre de deal ne me semble pas très réaliste. Je ne vois pas quel dirigeant pourrait être en mesure de distribuer de tels quotas. Et concernant les 35%, je ne sais pas exactement à quoi cela correspond mais il est évident que nous allons encourager les entreprises du secteur à prendre des places et pourquoi pas à faire mieux que 35%!