Crise boursière: Vers une pénurie de crédit pour les ménages et les entreprises?

ECONOMIE En pleine tempête, les banques durcissent les conditions d'accès au crédit, selon plusieurs associations...

Mathieu Bruckmüller

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Une agence de la Société Générale à Dunkerque.
Une agence de la Société Générale à Dunkerque. — P. HUGUEN / AFP

Sale temps pour le secteur bancaire. Touché de plein fouet par le problème des dettes souveraines, menacé par les craintes de récession, les titres des établissements financiers se font «massacrer» depuis trois semaines sur les marchés. Un seul exemple pour illustrer cette descente aux enfers: l’action de la Société Générale a dévissé de 40% en un mois à Paris. De quoi donner le vertige. Frédéric Oudéa, PDG de laSocGen, a même estimé dans le Journal du Dimanche que les banques resteront sous pression jusqu’à la présentation de leurs résultats du troisième trimestre, au mois de novembre.

Contraintes réglementaires

En plus des ces mauvaises nouvelles se profile l’application progressive des accords dits de Bâle III. 

Dès 2013, les établissements financiers seront dans l’obligation de renforcer leurs fonds propres. But de la manœuvre: mieux absorber les pertes sur des prêts ou des investissements en cas de crise.

«Aujourd’hui, les actifs des banques sont fortement dévalorisés. Dans le contexte actuel, pour atteindre les nouveaux objectifs règlementaires, les banques vont réduire la distribution de crédits. On se rend compte que la Bourse a un impact sur l’économie réelle», souligne Serge Maître, président de l’Association Française des Usagers des Banques (AFUB).

Crédit à la consommation en berne

En juin, la Banque de France révélait déjà que le montant des crédits à la consommation sur douze mois avait atteint son plus bas niveau depuis 2006.

«Quant au crédit immobilier, il devient de plus en plus difficile de s’en procurer. Nous avons reçu un nombre record de plaintes de particuliers dont la banque refuse un prêt après l’avoir pourtant accepté. C’est sans compter les délais pour obtenir une réponse qui s’allongent», enrage le patron de l’AFUB.

«Les ménages ont clairement subi un durcissement plus important des conditions d’accès au crédit bancaire ces derniers mois. Alors que les banques commençaient à devenir timidement plus accommodantes, le regain de crise des souverains européen a rapidement débouché sur un durcissement des exigences pour l’octroi d’un crédit à la consommation ou, plus encore pour un crédit immobilier», confirme Christian Parisot, économiste chez Aurel BGC.

«L’aversion au risque est très forte en ce moment.  Les banques font de plus en plus attention et le risque de resserrement du crédit est là», abonde Dominique Barbet, économiste chez BNP Paribas.

Des garanties supplémentaires

Et les ménages ne sont pas les seules victimes. Les entreprises, elles aussi, commencent à être pénalisées.

«On exige beaucoup plus de garanties. Quand une PME veut un financement pour investir, le délai pour recevoir les fonds s’allongent. La situation est plus inquiétante pour les TPE. Elles ont de grosses difficultés pour obtenir des liquidités afin de boucler leur trésorerie», relève Jean-Eudes Duménil, secrétaire général de la Confédération générale du patronat des petites et moyennes entreprises (CGPME). Dans ce contexte, il  demande aux banques de ne plus faire poireauter les TPE et leur donner une réponse dans les 15 jours suivant une demande de prêt.

De son côté, Serge Maître va monter au créneau à la rentrée en demandant au gouvernement qu’il intervienne auprès des banques pour garantir l’accès au crédit.