Gouvernance européenne: quelques pistes pour sortir de la crise

CRISE DE LA DETTE La gestion de la crise passe par moins d'implication des Etats et plus de présence de la BCE...

Elisa Bertholomey

— 

Le siège de la BCE à Francfort
Le siège de la BCE à Francfort — PICCIONI/SINTESI/SIPA

Nicolas Sarkozy et Angela Merkel se réunissent ce mardi pour évoquer les problèmes de gouvernance dans la zone euro. Les deux chefs d’Etat affichent leur détermination à sortir de la crise et veulent trouver un mode de fonctionnement de la zone euro qui tranquilliserait les marchés. 20minutes répertorie quelques points pour améliorer la gouvernance européenne en matière de gestion de crise.

Respecter les mécanismes de stabilité

Au niveau européen, la discipline budgétaire est gérée par deux principes, définis par le traité de Maastricht: le pacte de stabilité et la clause de non-sauvetage des Etats. Le pacte de stabilité et de croissance impose, entre autres, aux Etats de maintenir leur déficit et leur dette publique en dessous du seuil de 3% du PIB. Or, aujourd’hui, seuls deux pays membres de l’UE respectent ce seuil: l’Estonie et la Finlande. 

La clause de non-sauvetage interdit elle aux Etats-membres d’aider un autre Etat lorsqu’il se trouve dans une situation financière délicate. Un principe qui a été largement bafoué dans la gestion de la dette grecque. «Qu’une crise liée à des problèmes budgétaires éclate, ce n’est pas vraiment une surprise puisque le problème a été anticipé au moment de Maastricht. Le problème, c’est que l’arsenal de sécurité prévu n’a pas fonctionné, la discipline n’a pas été respectée. Il faut donc revoir tout ça», constate Charles Wyplosz, professeur d’économie internationale.

Ne pas compter uniquement sur le tandem franco-allemand

Selon Charles Wyplosz, «la crise a montré que quand la France et l’Allemagne sont d’accord, la décision devient de facto celle de la zone euro». Mais ce type de fonctionnement commence à être mal vu des autres Etats, obligés de se soumettre à la décision des deux pays. L’influence de l’axe franco-allemand reste tout de même important, notamment au regard des institutions européennes. «On remarque une totale absence de la Commission européenne. Elle a complètement sombré lors de cette crise et a laissé le pas à une gestion intergouvernementale des événements», poursuit Charles Wyplosz. Une évolution «malsaine» selon le spécialiste qui impliquera, par la suite, une évaluation des événements passés et de l’action de chacune des institutions.

Les eurobonds, un mécanisme intéressant mais à encadrer

«Créer un Fonds européen de stabilité financière (FESF) est une idée inutile à laquelle je ne vois aucun intérêt. Le FMI fait déjà très bien ce type de travail», assène Charles Wyplosz alors que le montant du fonds (440 milliards d’euros) est jugé insuffisant par les marchés pour pallier à une éventuelle faillite de l’Espagne ou de l’Italie. En revanche, la mise en place d’eurobonds (aussi appelés euro-obligations) est une idée qui va faire son chemin et qui aura une utilité pour améliorer le financement des Etats. «Mais il faut que ça soit très encadré. En aucun cas, ce ne sont des solutions à la crise actuelle.»

Une engagement plus important de la BCE

Pour Charles Wyplosz, il est impensable que les dettes de l’Irlande, du Portugal, de la Grèce, de l’Espagne et de l’Italie soient prises en charge par les autres Etats membres. «La solution n’est plus entre les mains des gouvernements, ils ont été dépassés par les événements. Il faut que la BCE monte seule au créneau». Comment? En prenant en charge les dettes des Etats en difficulté. Ce qu’elle a déjà largement fait depuis un mois, et notamment la semaine passée en rachetant 22 milliards d’obligations italiennes et espagnoles. Un record. Il faudra cependant que l’institution agisse à l’avenir en avance par rapport aux marchés, pour les tranquilliser et éviter une crise boursière.