Crise boursière: La vente à découvert dans le viseur

ECONOMIE Cette technique hautement spéculative aurait accéléré le krach de cette semaine...

Thibaut Schepman

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La Bourse de New York évoluait sans direction claire lundi matin, alors que les investisseurs s'interrogeaient sur la mise en place du plan de sauvetage annoncé pour l'Irlande: le Dow Jones perdait 0,26% tandis que le Nasdaq gagnait 0,42%.
La Bourse de New York évoluait sans direction claire lundi matin, alors que les investisseurs s'interrogeaient sur la mise en place du plan de sauvetage annoncé pour l'Irlande: le Dow Jones perdait 0,26% tandis que le Nasdaq gagnait 0,42%. — Spencer Platt afp.com

Après le krach boursier qui a frappé l’Europe cette semaine, et notamment la dégringolade de la Société Générale, quatre pays européens ont tenté jeudi soir d’empêcher de nouvelles chutes. La France, l'Italie, l'Espagne et la Belgique se sont attaquées en premier lieu aux ventes à découvert - une pratique spéculative complexe - qui sont interdites pour les quinze prochains jours sur leurs marchés. 20Minutes fait le point sur cette technique et ses conséquences.

Comment fonctionne la vente à découvert?

Elle permet de spéculer sur la baisse d’une action, en vendant à l’avance un titre que l’on ne possède pas encore. Prenons un exemple.

Un lundi, un trader que nous appelons A s’attend à une forte baisse de l’action d’une banque X d’ici à la fin de la semaine. A a un moyen d’essayer de profiter de sa prédiction. Il peut décider d’emprunter à un autre opérateur, appelé B, 100 actions X au prix du jour, disons 10 euros l’unité, jusqu’au vendredi prochain. Mais il va revendre immédiatement son emprunt et encaisser 1.000 euros. Il attendra ensuite le vendredi pour acheter 100 autres actions, et ce sont celles-ci qu'il va rendre à B.  

Cas n°1: L’action a effectivement baissé, disons qu’elle ne vaut plus que 7 euros. A va alors acheter vendredi 100 actions pour 700 euros. Une jolie plus value de 300 euros à la clé. Mieux, A peut très bien avoir réalisé cette opération sans avoir de fonds au départ. En ayant le nez creux, il peut donc avoir vendu une action qu’il avait simplement empruntée, et dans le même temps avoir fait fructifier une somme qu’il n’avait pas non plus. 

Cas n°2: Spéculer n’est pas gagner. Si l’action a au contraire augmenté, disons jusqu’à 13 euros, A va acheter vendredi 1.300 euros des actions qu’il avait vendues 1.000 euros le lundi. Il perd 300 euros dans l’affaire.

Petite précision, un trader peut même, par une technique toute aussi complexe, vendre des actions sans en posséder aucune, en passant un contrat «à terme». On parle alors de vente à découvert à nu. Les explications par ici. 

Pourquoi est-ce dangereux?

Parce que des centaines de milliers d’actions sont concernées. Mercredi, jour de la panique sur le titre de la Société Générale, plus de 28 millions de titres de la banque ont été échangés. Un tel volume n’est possible que parce que la spéculation se fait non pas sur une semaine mais se fait sur des échelles de temps très courtes.  Rien n’empêche de spéculer sur une baisse de l’action de quelques heures, voire parfois de moins d’une minute, notamment grâce au trading à haute fréquence. Dans une période de trouble comme celle de mercredi, où des rumeurs se diffusent, la vente à découvert aggrave la volatilité des cours et donc participe à l’arrivée d’un krach.

Faut-il l’interdire ou la réguler et, si oui, comment?

Les autorités de marché de France, d'Italie, d'Espagne et de Belgique ont décidé de suspendre cette pratique pour quinze jours, et pour quelques actions uniquement. De telles interdictions avaient déjà été décidées aux Etats-Unis lors de la crise des subprimes et en Grèce, en 2010.

Il s’agit là d’une procédure d’urgence, qui ne convainc pas, notamment parce qu’elle risque de maintenir artificiellement le cours des actions dans une certaine stabilité, qui pourrait chuter à la levée de l’interdiction.

Pour Pascal Canfin, député européen rapporteur d’un texte sur la question au Parlement européen, la solution serait donc d’interdire totalement cette technique. «Les autorités de marchés ne pénalisent les ventes à découvert que lorsqu’elles deviennent un abus de marché. Mais c’est la technique en elle-même qui pose problème, puisqu’elle sert aux opérateurs qui veulent faire des paris sur la variation des cours et non investir sur une valeur dans laquelle ils ont confiance», explique le député EELV.

Le débat devrait se poursuivre à la rentrée où plusieurs réunions préparatoires sont prévues sur un nouveau règlement de régulation de la finance européenne, qui est consacré en partie à la question des ventes à découvert. «Nous espérons que les événements récents pencheront en notre faveur, et qu’un règlement puisse être adopté rapidement pour entrer en vigueur en janvier 2012», avance Pascal Canfin.

L'avis de Tangi Le Liboux, analyste financier chez Aurel BGC: