Pourquoi le chômage ne peut pas passer sous les 9% en 2011

TRAVAIL Le ministre du Travail, Xavier Bertrand n'en démord pas. Malgré une hausse très forte du nombre des demandeurs d'emploi en juin, le chômage devrait passer sous les 9% d'ici la fin de l'année, contre 9,2% aujourd'hui. Impossible, rétorquent les économistes...

Mathieu Bruckmüller

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Le ministre du Travail et de l'Emploi Xavier Bertrand en février 2011
Le ministre du Travail et de l'Emploi Xavier Bertrand en février 2011 — B.TESSIER / REUTERS/

Xavier Bertrand est un adepte de la méthode Coué. Ce matin encore, sur les ondes d’Europe 1, il a maintenu son objectif de voir le taux de chômage passer sous la barre des 9% d’ici décembre.

Des chiffres du chômage franchement mauvais

Un pari bien difficile à tenir après la douche froide des chiffres du mois de juin. Mercredi, le ministère de l’Emploi a fait état d’une augmentation d’1,3% du nombre de personnes qui n’ont pas du tout travaillé le mois dernier, soit 33.600 de plus. Une deuxième hausse consécutive pour les chômeurs de catégorie A qui annule la baisse ininterrompue enregistrée entre janvier et avril. Depuis un an, leur nombre a ainsi progressé d’1,5%. «Les chiffres de mai n’étaient pas bons, là ils sont franchement mauvais», réagit Dominique Barbet, économiste senior chez BNP Paribas.

Quand on ajoute les personnes présentes dans les catégories B et C, c'est-à-dire celles qui étaient notamment en intérim ou à temps partiel subi, le nombre de demandeurs d’emploi total inscrit à Pôle emploi progresse de 0,6% en juin et de 4% sur un an.

Les femmes plus touchées que les hommes

Et ces mauvais chiffres n’épargnent personne. Le nombre de chômeurs de sexe masculin a progressé de 0,5% en juin, contre 0,8% pour leurs homologues du sexe opposé. Pour les femmes, il grimpe même de 5,2% sur les douze derniers mois, contre 2,2% pour les hommes. Rien d’étonnant, selon Eric Heyer. «Une explication réside dans l’impact du plan de rigueur qui touche surtout l’emploi public, le secteur associatif et le social, des domaines où l’emploi féminin domine», expliquait récemment l’économiste à l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE).

Pas de miracle, non plus, chez les jeunes. Le mois dernier,  la hausse s’est établie à 1,2%. Rien ne semble pouvoir embellir l’horizon des moins de 25 ans. «La situation n’a pas de raison fondamentale de changer. Les plus touchés sont les jeunes sans qualification. Or, aujourd’hui, peu d’emplois leurs sont ouverts. La France a perdu de nombreuses industries», rappelle Dominique Barbet.

Quand au chômage des seniors, il explose. Il a grimpé de 1,5% en juin et de 14,3% sur un an.

La réforme des retraites va-t-elle aggraver le chômage?

Cette montée brusque du chômage est à mettre en partie sur le dos d’une croissance économique anémique. D’après les prévisionnistes, elle devrait atteindre 0,2% au second trimestre. Mais Dominique Barbet ajoute une autre explication. «Avec l’entrée en vigueur début juillet de la réforme des retraites, les salariés vont devoir atteindre 60 ans et quatre mois pour quitter le marché du travail et non plus 60 ans. Les entreprises ne sont pas pressées d’embaucher les remplaçants des futurs retraités», explique-t-il.

D’autant qu’en janvier 2012, il faudra au moins avoir 60 ans et huit mois pour prendre sa retraite. A cela s’ajoute l’extinction de plusieurs mécanismes de préretraites, «qui vont amener davantage de seniors à figurer dans les statistiques des chômeurs alors qu’ils ne l’étaient pas jusqu’ici », poursuit Dominique Barbet. Mécaniquement, la population active va donc s’accroître, rendant ainsi encore plus difficile la baisse du taux de chômage qui, en métropole, est de 9,2%. «La grande question au cours des prochains mois sera de voir comment l’augmentation de la population active va se répartir entre emploi et chômage», s’interroge l’économiste.

Une chose est sûre, il paraît très difficile de passer sous la barre des 9% de chômage comme le souhaite le ministre du Travail, affirme Dominique Barbet.  De son côté, Eric Heyer anticipe même une aggravation à 9,4 % fin 2011 et même 9,5 % en 2012. Mauvaise nouvelle pour le gouvernement à l’approche de l'élection présidentielle.

Voir l'interview de Xavier Bertrand sur Europe 1