Joueurs blasés, yen enfiévré, prix sacrifiés: les ventes de Nintendo fondent

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Le géant japonais du jeu vidéo, Nintendo, a publié jeudi des résultats financiers déplorables, à cause de l'absence de titres vedettes pour ses consoles hier adulées, sans compter les effets dévastateurs sur ses comptes des accès de fièvre de la monnaie nippone.

Le géant japonais du jeu vidéo Nintendo a fait état jeudi d'une chute de plus de moitié de ses ventes au premier trimestre sur un an, à 94 milliards de yens (816 millions d'euros), après un plongeon de 25% un an plus tôt, reconnaissant des lacunes dans sa gamme de jeux.

Or, sans "hit", les consoles peinent à trouver des acheteurs, entraînant une spirale de désaffection que seul un "carton commercial" peut inverser.

Las, depuis des mois, le groupe en manque cruellement et les joueurs sont de plus en plus attirés par des téléphones portables "couteaux-suisses" du type iPhone de l'américain Apple, pour lesquels existent des milliers de divertissements qui n'ont rien à envier à ceux conçus pour les machines de poche DS de Nintendo.

La firme de Kyoto a eu beau ajouter un écran avec rendu tridimensionnel visible sans lunettes sur sa dernière mouture, la 3DS, le public n'a pas suivi, d'autant que l'affichage en relief est déconseillé aux enfants de moins de six ans.

Jugée chère, la 3DS a en plus eu le malheur d'être commercialisée quelques jours seulement avant le séisme du 11 mars au Japon, une catastrophe qui a enlevé l'envie aux Nippons de dépenser leur argent en gadgets.

Nintendo n'a vendu que 1,27 million de 3DS au Japon depuis son lancement le 26 février et un peu plus de 3 millions à l'étranger, où elle a été commercialisée un mois plus tard.

Qui plus est, les variantes de DS antérieures toujours disponibles ne s'écoulent plus autant que l'espéraient leurs concepteurs.

Le groupe a en outre encore été victime du fort renchérissement de la monnaie japonaise, un mouvement qui fausse totalement ses prévisions de revenus tirés de l'étranger et ronge ses marges.

Bilan: Nintendo a sombré dans le rouge, affichant pour le premier trimestre de son exercice budgétaire une perte nette de 25 milliards de yens (220 millions d'euros) doublée d'un déficit d'exploitation de 38 milliards de yens (328 millions d'euros).

Nintendo, qui n'en finit pas depuis deux ans de voir ses revenus et profits s'effondrer, a en outre été forcé jeudi de drastiquement revoir ses prévisions de résultats financiers pour l'ensemble de l'année budgétaire qui s'achèvera en mars 2012.

Non seulement, il s'attend à gagner moins, mais il prévoit aussi de dépenser plus pour promouvoir ses produits et en développer de plus attractifs.

Première action: Nintendo s'est résolu à baisser de 40% le prix de la 3DS au Japon à compter du 11 août, de 25.000 yens actuellement à 15.000 yens (225 euros à 135 euros), un nouveau tarif plus proche de celui habituellement pratiqué pour les consoles portables.

Une réduction de tarif d'une ampleur non précisée est également prévue prochainement à l'étranger, au plus tard fin septembre, pour tenter de doper les ventes de cette machine à laquelle est reproché un manque d'innovation, notamment par comparaison avec la Vita que proposera le rival Sony en fin d'année.

"Nous voulons retrouver un rythme d'adoption par le public comme nous en avons connu par le passé" avec les précédentes DS, a justifié le patron de Nintendo.

La maison mère de Mario, des Pokemons et d'une ribambelle de personnages emblématiques est aussi forcée de s'activer pour développer la prochaine machine de salon, la Wii U qui doit succéder à la Wii en perte de vitesse, afin de redresser autant que possible la barre avant la fin de l'exercice en mars 2012.

In fine, le pionnier du secteur n'escompte plus qu'un profit net annuel de 20 milliards de yens au lieu des 110 milliards envisagés et 78 milliards encaissés l'an dernier, sur un chiffre d'affaires qui ne devrait pas dépasser 900 milliards de yens au lieu de 1.100 milliards, soit une chute de 11,3% sur un an.