Le "CAC 40" des obligations mettra du temps à s'imposer

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L'opérateur boursier NYSE Euronext a lancé début juillet sa plateforme réglementée d'échanges d'obligations d'entreprises, un nouveau modèle qui mettra du temps à s'imposer tant l'écrasante majorité des transactions sur ce marché se fait à l'abri des regards.

Ouverte depuis le 11 juillet, cette plateforme, nommée NYSE BondMatch permet aux investisseurs connectés de s'échanger en toute sécurité des titres de dette d'entreprises européennes libellées en euros, dont le prix sera coté et unique.

"Nous sommes satisfaits du démarrage de la plateforme. Les volumes sont encore modestes mais la tendance est à la hausse, notamment en ce qui concerne le nombre de membres connectés", indique Nathalie Masset, directeur adjoint des marchés obligataires européens chez NYSE Euronext.

Quelque 1.200 titres sont déjà disponibles, en provenance d'environ 400 grands émetteurs puisque le montant levé par l'entreprise doit être d'au moins 500 millions d'euros pour un emprunt.

Parmi les entreprises dont des obligations sont déjà cotées figurent GDF Suez, Carrefour, Veolia Environnement, Auchan, Danone ou encore La Poste.

Cette plateforme n'est pas une totale nouveauté. NYSE Euronext possède déjà un marché pour les obligations d'entreprises, mais il est quasi confidentiel et dédié aux investisseurs particuliers.

L'objectif de NYSE BondMatch est d'être un marché de gros, avec des ordres d'un à cinq millions d'euros afin d'attirer les intermédiaires professionnels, comme les banques, les courtiers et les investisseurs institutionnels.

Pour les entreprises, l'intérêt est que leurs titres soient plus facilement échangeables, d'autant qu'"avec la réglementation de Bâle III, le financement des entreprises va se faire davantage sur le marché obligataire que par le crédit bancaire", souligne Hervé Labbé, chef économiste de France Télécom.

Ce type de plateforme implique toutefois "un changement de comportement de la part des utilisateurs", relève Nathalie Masset.

La particularité du marché des obligations d'entreprises est que 90% des échanges se font de gré à gré, hors de tout cadre réglementaire et discrètement entre deux parties qui passent par un intermédiaire.

"Tout le monde a conscience que cette nouvelle initiative ne vise pas à remplacer le marché de gré à gré mais sera complémentaire", prévient Olivier Gazzolo, responsable du trading de crédit à la Société Générale.

"Beaucoup de clients adoptent une position +wait and see+", reconnaît-il, ajoutant que le succès ne viendra que si "tous les intervenants jouent le jeu".

L'idée de relancer le marché obligataire parisien est née après la crise de 2008 qui avait totalement grippé le marché de gré à gré.

La ministre de l'Economie d'alors, Christine Lagarde, a mis en place en avril 2010 un comité spécifique lequel a approuvé trois projets.

Outre NYSE Euronext, seront lancées la plateforme Galaxy par l'américain TradingScreen et d'ici fin 2011 celle de l'italien MTS filiale de la Bourse de Londres.

Pour Dominique Daridan, responsable de l'analyse crédit chez le courtier Aurel BGC, "il est difficile de penser qu'on peut avoir des plateformes électroniques pour les obligations du même ordre que pour les actions", compte tenu de la diversité des entreprises et des devises en jeu.

"Aujourd'hui, nos objectifs sont à moyen terme plus qualitatifs que quantitatifs. Nous ne ferons pas de bilan avant au moins un à deux ans", souligne de son côté Nathalie Masset.

Convaincue que le fait d'être les premiers donne un avantage, elle estime toutefois qu'"il y a plusieurs milliers de titres négociés de gré à gré donc il y a sans doute de la place pour plusieurs plateformes."