Merkel pour que l'Europe se dote d'une agence de notation financière

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La chancelière allemande Angela Merkel a jugé "important à moyen terme" que l'Europe se dote de sa propre agence de notation financière, dans une interview à la chaîne publique ARD diffusée dimanche.

"Il est important à moyen terme que l'Europe ait aussi une agence de notation", a-t-elle déclaré, estimant qu'un tel organisme devait être créé par "l'économie européenne" et non par les Etats.

"Hélas, il n'y a pas encore eu pour l'instant d'intérêt de l'économie" pour créer une telle agence, et "c'est un manque", a souligné Mme Merkel. "Les Chinois ont maintenant eux aussi une agence de notation. Nous ne pouvons bien sûr pas en créer une par le biais des Etats. Mais je saluerais vraiment le fait que l'économie européenne arrive à créer une agence de notation", a-t-elle dit.

Accusées de faire la loi sur la planète financière, les trois grandes agences de notation sont toutes anglo-saxonnes: Moody's, Standard and Poor's et Fitch (qui appartient toutefois à un groupe français, Fimalac).

L'Europe a engagé un bras de fer avec ces agences et plaidé pour la création d'un organisme européen après la dégradation spectaculaire en catégorie "spéculative" de la note du Portugal par Moody's, le 5 juillet, ce qui risque d'aggraver la crise de la dette en zone euro, déclenchée par la situation de la Grèce.

Le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, avait alors déclaré qu'il fallait "briser l'oligopole des agences de notation" et "limiter leur influence", tandis que le président de l'exécutif européen, José Manuel Barroso, avait été plus loin en se prononçant indirectement pour la création d'une agence de notation basée en Europe.

La commissaire européenne chargée de la Justice, Viviane Reding, a menacé il y a quelques jours de démantèlement les grandes agences anglo-saxonnes: "Je vois deux possibilités: ou les Etats du G20 (ndlr: les Etats les plus riches du monde) décident de démanteler les trois agences. Les Etats-Unis seraient alors obligés de transformer les trois agences en six sociétés. Ou des concurrents européens et asiatiques sont créés", a dit Mme Reding au journal Die Welt.

Les agences de notation ne sont pas "mauvaises en soi", a estimé Mme Merkel, mais "elles agissent à des moments sensibles, et nous avons en ce moment un tel moment sensible avec l'euro", et surtout "elles ne considèrent absolument pas ce qui est raisonnable".

Selon la chancelière allemande, "il faut réfléchir pour voir si on doit croire tout ce qu'elles disent".

A la suite de la crise financière, l'Europe a adopté dès 2009 deux législations visant à renforcer la régulation des agences de notation, les obligeant notamment à s'enregistrer et à respecter certaines règles pour pouvoir exercer dans l'UE, et les plaçant sous le contrôle direct de l'Autorité européenne des marchés financiers.