Dette américaine: la Maison Blanche y croit mais toujours pas d'accord en vue

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La Maison Blanche assure y croire encore, mais à 16 jours de la date butoir du 2 août pour relever le plafond de la dette américaine et éviter le défaut de paiement, aucune ébauche d'accord entre démocrates et républicains ne semblait se dessiner.

Les chefs républicains n'ont plus revu Barack Obama depuis leur houleuse séance de négociations à huis clos de jeudi à la Maison Blanche. Entre temps, ils ont décidé de porter l'offensive à la Chambre des représentants où ils devraient voter mardi leur proposition de loi "Couper, plafonner, équilibrer".

Le texte, symbolique, puisqu'il devrait être rejeté par le Sénat à majorité démocrate, illustre la vision des républicains d'un rôle minimal de l'Etat fédéral.

Au programme : "couper" spectaculairement les dépenses de l'Etat fédéral, "plafonner" celles-ci à 18% du produit intérieur brut et voter un futur amendement constitutionnel exigeant que le budget fédéral soit à l'"équilibre" -- la règle d'or.

"En échange de ces trois choses, nous relèverons le plafond", a promis le sénateur Lindsey Graham sur CNN dimanche. "Je cherche un moyen de relever le plafond de la dette, nous devons le faire, mais il faut d'abord s'occuper des causes de cette dette".

"Si nous nous contentons de relever le plafond de la dette, sans accompagner cela d'une solution crédible à l'endettement américain, nous aurons de gros problèmes", a renchéri le jeune sénateur républicain Marc Rubio, héros de la mouvance ultra-conservatrice du "tea party", qui revendique plusieurs dizaines d'élus au Congrès et milite pour une réduction des impôts.

Le président avait immédiatement balayé vendredi l'idée d'inscrire l'équilibre budgétaire dans le marbre de la Constitution, la qualifiant de "posture politique".

Un autre plan, plus complexe et échaufaudé par les sénateurs républicain Mitch McConnell et démocrate Harry Reid, aurait plus de chances de se concrétiser. Il accorderait au président le pouvoir d'augmenter le plafond de la dette de 2.500 milliards de dollars d'ici l'année prochaine, sans avoir à demander l'accord du Congrès.

Selon le Washington Post, une commission ad hoc d'élus des deux bords avec des pouvoirs accrus serait ensuite chargée de concocter un plan de réduction du déficit.

Sans fermer la porte à cette option, la Maison Blanche n'a pas pour autant exprimé clairement ses préférences.

"Il reste encore du temps pour un grand accord" sur la réduction du déficit, a temporisé dimanche, le directeur du budget, Jacob Lew tout en restant vague sur ce que le président était prêt à accepter.

Le Trésor a averti qu'au-delà du 2 août, à moins d'un relèvement du plafond légal de la dette par un vote du Congrès, les Etats-Unis ne pourraient plus honorer leurs engagements et devraient couper, du jour au lendemain, 40% de leurs dépenses. Cette situation dangereusement proche du défaut de paiement provoquerait la panique à Wall Street.

Le plafond, fixé à 14.294 milliards de dollars, a été atteint en mai, et n'est contourné que par des pirouettes techniques.

"Il y a une frange persuadée que c'est une bonne idée de jouer avec la fin du monde", a martelé Jacob Lew sur CNN en utilisant le terme biblique d'"Armageddon", en référence au "tea party". "Mais je ne crois pas que la majorité les suivra".

"Si nous ne relevons pas le plafond de la dette, nous ne pourrons plus payer nos factures en août", a-t-il poursuivi.

Barack Obama avait été encore plus menaçant la semaine dernière, évoquant un possible gel des paiements de pensions aux retraités et anciens combattants: "Je ne peux pas garantir que ces chèques seront envoyés le 3 août si nous n’avons pas trouvé de solution. On n’aura peut-être plus d’argent dans les coffres".

En négociation depuis des semaines, les deux camps sont d'accord pour réduire le déficit, mais diffèrent sur la méthode.

Barack Obama accepte de couper largement dans les dépenses publiques, y compris sociales, mais demande en contre-partie une hausse des impôts pour les plus riches.

Les républicains refusent catégoriquement, la plupart ayant littéralement prêté serment de ne jamais augmenter les impôts. Or ils conditionent le relèvement du plafond de la dette à un accord sur le budget.