Dette: Et si les Etats-Unis faisaient faillite?

Thibaut Schepman

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La Bourse de New York était en baisse mardi à la mi-journée, sous la pression de l'actualité internationale, principalement en Corée et dans la zone euro: le Dow Jones perdait 1,46% et le Nasdaq 1,76%.
La Bourse de New York était en baisse mardi à la mi-journée, sous la pression de l'actualité internationale, principalement en Corée et dans la zone euro: le Dow Jones perdait 1,46% et le Nasdaq 1,76%. — Spencer Platt afp.com

«Le temps des décisions est venu.» Vendredi, Barack Obama a donné un ultimatum aux membres du Congrès, pour qu’ils votent rapidement le relèvement du plafond de la dette du pays. Sinon, le monde risque une «crise financière encore plus grave», a affirmé le président américain. Pourquoi les négociations bloquent-elles et quelles seraient les conséquences d’un échec discussions? 20Minutes fait le point.

L’Etat ne peut déjà plus emprunter

Pour leur trésorerie, l’ensemble des Etats empruntent des fonds sur les marchés financiers en émettant des obligations, c’est-à-dire des titres d’emprunts à plus ou moins long terme. Les Etats-Unis ont décidé en 1917 de limiter le volume d’emprunts qui peuvent être émis. Mais cette année, le plafond de 14.294 milliards d’euros a déjà été atteint depuis mai. Depuis, les Etats-Unis ne peuvent plus emprunter et dégagent des fonds pour leurs dépenses courantes uniquement grâce à des mesures techniques.

>> Comment les Etats empruntent sur les marchés? Lire notre reportage à l’Agence France Trésor lors d’une émission de dettes…

Jeu politique

Les années précédentes, lorsque ce risque s’était présenté, le Congrès avait décidé de relever le plafond de la dette. C’est même arrivé 74 fois depuis 1917. Mais, pour des raisons politiques, il s’y refuse pour l’instant sans contrepartie. Les Républicains souhaitent accompagner ce relèvement d’énormes réductions de dépenses, tandis que les démocrates voudraient augmenter les impôts. L’aile droite du parti Républicain, appelée Tea Party, laisserait même volontairement durer le débat, pour donner à Barack Obama l’image d’un président dépensier. 

Ultimatum au 2 août

Sauf que le jeu devient de plus en plus dangereux. Le 2 août, le Trésor n’aura plus aucun fonds. Sans relèvement de plafond, il devrait même cesser de payer les fonctionnaires et de financer les structures publiques. Depuis le 1er juillet, l’Etat du Minnesota se trouve dans la même situation, pour les mêmes raisons. Les parcs nationaux, les musées et zoos sont fermés et les 22 000 fonctionnaires restent chez eux depuis ce jour.  En 1995, les républicains avaient déjà refusé de voter la hausse du plafond de la dette voulue par Bill Clinton. Plusieurs pans entiers de l’administration n’avaient pas pu fonctionner pendant plusieurs semaines.

Risque de punition par les agences?

Plus grave encore, sans relevement de plafond, l’Etat ne pourrait plus faire face aux échéances de sa dette. Bien que très peu envisageable, puisque le Congrès devrait trouver un accord avant le drame, cette hypothèse inquiète les agences de notation, alors qu'une crise de la dette frappe déjà l'Europe. Les aganeces menacent donc de dégrader la note des Etats-Unis. Elles montreraient ainsi que les Etats-Unis ne peuvent plus avoir la meilleure note (AAA) alors qu’une probabilité que les emprunts contractés ne soient pas remboursés existe.

Les conséquences d'une telle dégradation seraient terribles pour les Etats-Unis. En effet, les taux d’intérêts demandés par les investisseurs pour lui prêter de l’argent grimperaient immanquablement, ce qui alourdirait un peu plus la dette américaine. L'ensemble des taux remonteraient alors, y compris pour les prêts contractés pour les ménages ou les entreprises américaines. L’Etat serait condamné à un plan d’austérité pour réduire ses dépenses et rassurer les agences. Ce qui nuirait à la croissance américaine, mais aussi à la reprise mondiale.

Face à ce risque, Barack Obama presse les parlementaires de cesser de jouer ce jeu dangereux, et leur a donné 36 heures pour ce décider. C’est-à-dire avant que les agences ne mettent leur menace à exécution.