«Il faut empêcher les personnes endettées de prendre le crédit de trop»

INTERVIEW Les réponses de Régis Halter, directeur adjoint de la Fédération Crésus (Chambres régionales de surendettement social)...

Propos recueillis par Thibaut Schepman

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Personne  surendettee ( illustration ).
Personne surendettee ( illustration ). — Credit:DURAND FLORENCE/SIPA

Dans votre rapport annuel 2010 publié jeudi vous notez une augmentation de plus de 15% des dépôts de dossiers de surendettement depuis 2008. Comment expliquer une telle hausse?

Il y a une tendance à l’augmentation du surendettement depuis plusieurs années, notamment à cause de l’augmentation des prix immobiliers. De nombreuses personnes s’endettent beaucoup et longtemps pour acheter un logement. Parfois, ils n’ont pas prévu des dépenses courantes dans leur budget, comme les charges qui augmentent beaucoup, et empruntent juste pour assurer leur niveau de vie. Il est très facile de prendre un crédit à la consommation sans justification, on peut même le faire sur Internet. La crise a bien sûr accentué ce phénomène, avec des personnes qui perdent leur emploi ou travaillent à temps partiel et contractent un crédit pour leurs dépenses courantes et non pour investir. L’engrenage commence quand on décide d’en prendre un autre pour rembourser le précédent.

Vous défendez depuis plusieurs années la création d’un registre national des crédits au particulier. Un rapport doit être rendu sur ce sujet ce mois-ci. Pensez-vous que cette mesure ait une chance de voir le jour rapidement?

C’est effectivement une mesure que nous défendons depuis longtemps. Il existe aujourd’hui un registre national mais qui  ne répertorie que les personnes ayant au moins un impayé de crédit. Or les personnes surendettées n’y figurent pas parce qu’elles souscrivent chaque fois de nouveaux crédits pour payer les précédents. Elles retardent ainsi le moment de l’impayé, si bien que l’endettement moyen des dossiers recevables à la Banque de France atteint au final 40.000 euros. Avec un fichier national regroupant l’ensemble des crédits de chaque ménage, il ne serait plus possible de prendre le crédit de trop».

En attendant de nouvelles mesures, comment éviter aujourd’hui le surendettement?

L’idéal est bien sûr d’intervenir le plus tôt possible. Il faut faire de la prévention et de l’éducation budgétaire, qui restent très peu développées en France. Les personnes qui souhaitent contracter un crédit doivent savoir faire leur budget et connaître la part entre leurs charges fixes, leurs charges courantes et leurs charges occasionnelles. Quant aux personnes endettées, il y a de premières réponses simples à mettre en place, comme adapter ses moyens de paiement à ses dépenses ou ajuster  les dates de prélèvements. Le dépôt de dossier à la Banque de France doit rester l’ultime recours.