BCE vs Les agences de notation: Qui a raison sur la crise au Portugal?

ÉCONOMIE ruxelles estime que le Portugal va s'en sortir, mais l'agence de notation Moody's a adressé une très mauvaise note au pays...

Thibaut Schepman

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Le drapeau du Portugal à Lisbonne en août 2009.
Le drapeau du Portugal à Lisbonne en août 2009. — STEVENS FREDERIC/SIPA

La guerre est ouverte entre la Banque centrale européenne (BCE) et les agences de notation. C’est l’agence Moody’s qui a lancé les hostilités mardi soir en dégradant de quatre crans la note souveraine du Portugal. En clair, elle assure aux investisseurs qu’acheter de la dette portugaise est très risqué et qu’une faillite de cet Etat est possible.

Autant dire que le Portugal n’a plus aucune chance d’emprunter, ou alors à des taux très élevés. La BCE, qui dispose pourtant des mêmes chiffres sur la situation économique portugaise, estime, elle, que l’Etat portugais peut sortir de la crise d’ici la fin 2013. Pour elle, le message de Moody’s est donc anxiogène et auto-réalisateur. En effet, si le Portugal ne peut plus émettre sa dette, elle aura effectivement à nouveau besoin d’aide ou risque la faillite. Pour comprendre ce débat, 20Minutes a comparé les arguments de chacun.

Le déficit est-il trop élevé?

Oui pour Moody’s. Le vote du plan d’austérité a provoqué de graves troubles politiques, et plusieurs mesures ont été repoussées à 2012. L’agence Moody’s estime donc que le Portugal ne pourra pas tenir ses engagements de réduction du déficit en 2012.

Non pour la BCE. Le déficit budgétaire portugais, c’est-à-dire la différence entre les recettes et les dépenses de l’Etat,  atteint 8,7% du PIB sur les douze derniers mois. En 2010, le déficit atteignait 9,2%. L'objectif de réduction des déficits, grâce à un plan d’austérité très sévère, est en marche même si l’on reste encore loin de l’objectif de 5% à la fin 2012. Ce dernier reste atteignable pour la BCE, puisque plusieurs mesures notamment des taxes ont été avancées, et que l’activité notamment industrielle se maintient bien.

La dette est-elle trop élevée?

Non pour la BCE. La dette grecque s’élève à 126 milliards d'euros soit  76% du PIB. C’est beaucoup, mais cela reste moins que de nombreux pays européens, comme la France dont la dette représente 85% du PIB. Rien à voir non plus avec la dette grecque, qui culmine à 300 milliards d’euros, soit 115% du PIB.

Oui pour Moody’s. Des doutes subsistent sur le montant réel de la dette grecque. Comme beaucoup de pays, le Portugal a réalisé beaucoup de travaux avec partenariats entre secteur public et privé, qui ont l’avantage de ne pas apparaître dans les comptes nationaux. Sauf que le Portugal pourrait en avoir abusé, et certains experts estiment qu’il faudrait réévaluer la dette portugaise de 20% pour tenir compte de ces astuces comptables, révèle l’Expansion.

La situation portugaise est-elle aussi grave qu’en Grèce?

Oui pour Moody’s. L’agence a dégradé la note dans une catégorie spéculative, c’est-à-dire très risquée. Pour elle, l’économie portugaise est déjà peu compétitive, et l’austérité risque de plomber son activité. Pour Moody’s, l’activité va baisser de 2% par an, et donc aggraver encore le déficit. Il faudrait alors un nouveau plan d’aide, voire une annulation d’une partie de la dette.

Non pour la BCE. Plusieurs dirigeants européens, ainsi que le PDG de BNP Paribas Michel Pébereau, ont rappelé que la situation des deux pays est très différente. Le Portugal a une dette moins élevée, et surtout ne souffre pas des mêmes problèmes d’économie souterraine. La BCE juge par ailleurs trop sévère l'estimation de 2% de baisse de l'activité.