La BCE va augmenter son taux directeur

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La Banque centrale européenne (BCE) devrait relever son taux directeur d'un quart de point jeudi, mais c'est son éventuel message sur la Grèce qui retiendra toute l'attention.

Taux directeur

L'issue de la réunion du Conseil des gouverneurs, qui doit annoncer sa décision à 13h45, ne devrait pas apporter de «surprise majeure», estime Marco Valli, économiste en chef pour la zone euro chez UniCredit, qui attend de voir le taux passer de 1,25% à 1,50%.

Les récents propos du président de la BCE, Jean-Claude Trichet, laissent en effet peu de doute aux économistes sur ses intentions. La semaine dernière, il a parlé de «grande vigilance» au sujet de l'inflation en zone euro, des termes synonymes de l'imminence d'un nouveau tour de vis après la hausse opérée en avril.

L'inflation a atteint 2,7% en juin, comme en mai, après 2,8% en avril. Soit bien au-delà de l'objectif fixé à la BCE de la maintenir sous les 2%.

Crise de la dette

L'institution monétaire de Francfort (ouest) juge aussi que malgré la crise de la dette que traversent plusieurs pays, la reprise économique est suffisamment enclenchée et les marchés financiers suffisamment normalisés pour lui permettre de revenir à une politique monétaire moins accommodante.

Les économistes estiment toutefois qu'elle devrait ensuite lever le pied, ou tout au plus n'opérer une nouvelle hausse qu'en fin de quatrième trimestre, après l'arrivée de l'Italien Mario Draghi à sa tête.

Le ralentissement de la croissance de l'activité manufacturière devrait l'y inciter, tout comme le fait que la Banque centrale des Etats-Unis continue de pratiquer un taux compris dans une fourchette de 0 et 0,25%, note Gilles Moëc de Deutsche Bank.

Toutefois, ce sont les déclarations de Jean-Claude Trichet sur la crise grecque qui seront les plus attendues lors de la conférence de presse qui suit la décision sur les taux.

La BCE a signifié qu'elle n'accepterait aucune solution pouvant s'apparenter à «un événement de crédit, un défaut ou un défaut partiel», par exemple un rééchelonnement conséquent de la dette de la Grèce tel que réclamé par l'Allemagne.

Défaut de paiement

Elle est allée jusqu'à brandir la menace, en cas de défaut de paiement, de ne plus accepter les obligations grecques comme garanties de ses prêts, ce qui aurait pour conséquence de couper les banques hellènes de leur source quasi-unique de financement, les autres banques étant réticentes à leur prêter.

Mais cette position se révèle de plus en plus intenable, les agences de notation se montrant intransigeantes avec toutes les propositions européennes.

Lundi, Standard and Poor's (SP) a douché l'enthousiasme né de l'adoption par le Parlement grec d'un nouveau plan d'austérité en annonçant que les propositions en cours de discussion sur un geste des banques privées en faveur d'Athènes pourraient s'aparenter à un défaut partiel. Mardi, sa concurrente Moody's a ajouté au désarroi général en dégradant sévèrement la note du Portugal, estimant que ce pays pourrait à son tour avoir besoin d'un second plan d'aide.

Pour sortir de cet «imbroglio» qui risque de faire de nouvelles victimes, agences de notation et BCE doivent trouver un compromis à même de préserver «leur crédibilité», constate Marie Diron, du cabinet Ernst and Young.

Elle suggère, comme d'autres confrères, que les agences de notation n'émettent qu'une note temporaire sur la Grèce, le temps que le nouveau plan d'aide soit adopté. La BCE de son côté pourrait modifier ses critères de manière à accepter les obligations grecques comme garanties.

Plus tranchants, les économistes de Commerzbank jugent que les responsables européens «doivent abandonner leur objectif d'éviter un défaut partiel, sinon aucune participation significative du secteur privé ne semble possible».