La BCE doit opérer une nouvelle hausse de son taux directeur

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La Banque centrale européenne (BCE) va selon toute vraisemblance opérer une nouvelle hausse de son taux directeur, fixé à 1,25% depuis avril, lors de la réunion de son conseil des gouverneurs jeudi, de l'avis unanime des économistes.

"Ce serait une énorme surprise" si elle ne le faisait pas, estime Jennifer McKeown de Capital Economics, qui s'attend comme ses confrères à une hausse de 25 points de base à 1,50%. Son président Jean-Claude Trichet a encore laissé entendre jeudi, lors de son audition devant la commission des Affaires économiques et monétaires du Parlement européen, qu'il fallait s'y attendre. Il a en effet usé des termes "grande vigilance" au sujet de l'inflation en zone euro, synonyme de l'imminence d'un resserrement de sa politique monétaire, souligne-t-elle.

Plus approprié

Le chef économiste de la BCE Jürgen Stark a encore été plus clair en début de semaine en affirmant que le taux directeur n'était "plus approprié" au vu de la "stabilisation de la situation économique". La BCE juge que la reprise économique en zone euro et le retour à un fonctionnement normalisé des marchés financiers ne nécessite plus qu'elle maintienne ses taux à un niveau si bas. D'autant que l'inflation continue à dépasser allégrement les 2% en zone euro. Elle a atteint 2,7% en juin, comme en mai, soit bien au-dessus de l'objectif de la BCE d'une hausse des prix sous le seuil de 2%.

Alors que les économistes soulignent que cette hausse est uniquement induite par la montée des prix du pétrole et des matières premières, sans conséquence majeure sur les salaires et les prix pratiqués par les entreprises, la BCE répète à l'envi qu'elle veut empêcher toute spirale inflationniste de s'enclencher. La question pour les économistes est de savoir si la BCE va poursuivre son tour de vis dans les mois qui viennent. Et là, les avis sont partagés.

Pour Jennifer McKeown par exemple, le ralentissement de la croissance de l'activité manufacturière dans la région comme les enquêtes montrant une confiance des consommateurs légèrement ébranlée devraient l'inciter à observer une pause pour le restant de l'année. Marco Valli, chef économiste pour la zone euro chez UniCredit, pense au contraire que la BCE va de nouveau augmenter ses taux au quatrième trimestre, "probablement en octobre mais avec une chance gran dissante d'un report en décembre". Parce que la croissance reste élevée en moyenne bien que certains pays soient encore en récession et que Mario Draghi, qui prendra la succession de M. Trichet le 1er novembre, devrait bomber le torse durant les premiers mois de son mandat.

Défaut de paiement?

Les déclarations de M. Trichet sur la situation de la Grèce, qui menace les fondements même de la zone euro jugent certains économistes, seront aussi très attendues lors de la conférence de presse qui suivra la décision sur les taux, alors que la BCE persiste à exclure toute solution pouvant s'apparenter à un défaut de paiement pour ce pays. Samedi soir, les ministres des Finances de la zone euro ont donné leur feu vert au déblocage d'ici le 15 juillet de 8,7 milliards d'euros pour la Grèce, qui touchera au total 12 milliards d'euros de prêts, puisqu'à l'argent européen s'ajouteront 3,3 milliards que le Fonds monétaire international a promis jeudi de débloquer "bientôt".

Les ministres ont par ailleurs confirmé qu'ils travaillaient à un deuxième plan permettant d'assurer le financement à plus long terme d'Athènes, mais sans promettre de décision rapide. Jeudi, M. Trichet avait refusé de commenter la proposition des banques françaises de renouveler 50% des prêts consentis à la Grèce, tandis que 20% seraient placés comme garantie. Il a aussi laissé entendre que la BCE qui a racheté depuis le printemps 2010 quelques 47 milliards d'obligations publiques grecques sur le marché secondaire selon les chiffres de Gilles Moëc de Deutsche Bank, pour lui venir en aide, en avait déjà assez fait.