Carrefour: le contentieux sur le Brésil éclipse la première cotation de Dia

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Le groupe français Carrefour a enregistré mardi de nouvelles déconvenues dans sa tentative pour former le numéro un brésilien de la distribution, qui ont éclipsé les premiers pas boursiers de son ancienne filiale de "hard discount" Dia, désormais indépendante.

L'action Carrefour a terminé sur une baisse de 12,77%, à 24,15 euros, sous l'effet de facteurs techniques: le détachement du dividende annuel et l'attribution aux actionnaires de la totalité de ses actions dans Dia.

Désormais coté à la bourse de Madrid, Dia a terminé sur un recul de 8,57%, à 3,2 euros, dans des volumes très étoffés puisque 18% du capital a été échangé.

Le propriétaire d'une action Carrefour et d'une action Dia disposait ainsi mardi soir d'un investissement valorisé à 27,35 euros, alors que l'action Carrefour avait terminé la veille à 27,68 euros.

Sous la pression de certains de ses actionnaires, Carrefour avait dû se résoudre à se séparer de sa filiale de maxidiscompte au profit de ses actionnaires, sans que cela ne lui rapporte le moindre centime.

Carrefour s'est par ailleurs vu reprocher par le cabinet de conseil aux actionnaires Deminor "de ne pas avoir informé le marché de l'existence de discussions avancées avec le groupe Diniz", actionnaire du groupe CBD Pao de Açucar, afin de constituer le numéro de la distribution au Brésil.

Lors de l'assemblée générale du 21 juin, Deminor avait posé une question sur l'existence de discussions avec Abilio Diniz, président de CBD, qui faisaient alors l'objet de rumeurs, rappelle son directeur général Fabrice Rémon, dans une lettre ouverte au PDG de Carrefour Lars Olofsson.

"Vous avez répondu que Carrefour s'intéressait aux pays ayant du potentiel et que le Brésil était un de ceux là. Vous avez ajouté que vous ne commentiez pas les rumeurs, tout en déclarant pourtant que vous n'aviez pas l'intention de perdre le contrôle de vos actifs brésiliens", ajoute-t-il.

Une semaine plus tard, "par voie de communiqué, vous avez indiqué avoir reçu le 27 juin (comme si vous découvriez le projet !) une proposition de partenariat au Brésil, faite par une société agissant d'ailleurs de concert avec vos actionnaires de référence, fortement représentés à votre conseil d'administration". "Compte tenu de la complexité de l'opération (...) il serait illusoire d'essayer de faire croire aux actionnaires minoritaires de Carrefour que les discussions n'étaient pas +très avancées+" le 21 juin, estime-t-il.

"Il semble que des informations essentielles n'ont pas été transmises au marché. Elles pourraient être de nature à engager la responsabilité de la société et de ses administrateurs", ajoute M. Rémon, qui demande une enquête de l'Autorité des marchés financiers (AMF).

Carrefour a répondu à M. Rémon, lui affirmant dans une lettre que "Carrefour s'est conformé en tous points à ses obligations en matière d'information au marché et à ses actionnaires", a indiqué une porte-parole à l'AFP.

A l'AMF, une porte-parole a confirmé à l'AFP avoir reçu une lettre de Deminor, indiquant "y accorder toute l'attention qu'il se doit". L'AMF a ajouté "suivre de près la communication financière des sociétés concernées".

Casino, qui détient 43,1% de CBD, est très hostile au projet défendu par Carrefour, qui le dépouillerait d'une position stratégique au Brésil.

Dans un nouvel épisode de la guerre des communiqués entre les deux groupes, Casino a encore reproché à son grand rival son attitude "hostile", établie par le fait "que Carrefour conduit depuis des mois des discussions secrètes qui visent à s’approprier le contrôle de la société brésilienne CBD".

"Les accords - publics - liant Casino et le groupe Diniz, relatifs à la société CBD et la holding de contrôle Wilkes ne contiennent à notre connaissance aucune stipulation interdisant des discussions ou des négociations et Casino à ce jour n'a invoqué aucune clause spécifique au soutien de ses informations", a affirmé de son côté Carrefour.