«L'Europe a les moyens de faire face à la situation grecque»

Propos recueillis par François Schott

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Les drapeaux européens flottent devant le bâtiment de la Commission européenne à Bruxelles, le 11 août 2010.
Les drapeaux européens flottent devant le bâtiment de la Commission européenne à Bruxelles, le 11 août 2010. — BAUMGARTEN/VARIO IMAGES/SIPA

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Depuis un an, la Grèce est au bord de la faillite. Ni les plans d’austérité ni le plan de sauvetage de l’Union européenne et du FMI ne sont parvenus à rétablir la confiance des marchés. Que faut-il faire selon vous?
Certainement pas laisser la Grèce faire défaut. L’Europe a les moyens de faire face à la situation grecque, car en dépit de son endettement, le pays n’a pas des besoins financiers colossaux. A eux trois, le Portugal, la Grèce et l’Irlande représentent moins de 10% de la dette publique en zone euro. Il serait dangereux d’ouvrir la boîte de Pandore en laissant un de ces pays faire défaut: cela aurait un impact sur les autres membres de la zone euro, et provoquerait un choc mondial comparable à celui de la crise des subprime. La solution réside dans la solidarité européenne, par exemple au travers d’un « rollover » sur la dette grecque (ndlr : prolongation des obligations grecques arrivant à échéance, assortie d’une garantie), ou tout simplement par un rachat d’une partie de la dette grecque par la Banque centrale européenne, comme l’a fait la Fed aux Etats-Unis.

Les Etats-Unis, justement, montrent des signes de ralentissement économique en dépit d’une politique monétaire très accommodante. N’est-ce pas le signe de l’inefficacité de la planche à billets?
Les Etats-Unis ont tiré les enseignements de la crise de 1929, qui comme celle de 2008 a pour origine l’éclatement d’une bulle financière qui s’est muée en crise bancaire. Mais contrairement à 1929, l’Etat est intervenu pour empêcher ou du moins limiter les effets de cette crise bancaire sur l’économie. La Fed a racheté certains actifs toxiques des banques tandis que le gouvernement a mis en place des plans de relance massifs (trois fois plus importants que ceux mis en œuvre en zone euro). Cette relance s’est traduite par une explosion de la dette publique, mais elle a permis d’éviter la crise systémique. Aujourd’hui, la réduction des dépenses publiques et l’arrêt du «quantitative easying» de la Fed vont avoir un impact sur l’économie. Mais on a évité une deuxième crise de 1929.

Doit-on craindre un défaut des Etats-Unis?
Non. La dette américaine a augmenté de façon significative, mais le pays bénéficie de la puissance du dollar, qui reste une valeur refuge aux yeux des investisseurs. Ainsi, même avec 100% de dette publique (ndlr : le FMI estime que la dette américaine atteindra 99,5% du PIB 2011), les Bons du Trésor américain continuent à drainer l’épargne mondiale. Leurs rendements sont actuellement inférieurs à l’inflation, signe que les investisseurs continuent à voir dans les obligations américaines un placement sûr. En revanche il est possible que la note souveraine des Etats-Unis soit abaissée au cours des prochaines années et que les rendements des Treasuries augmentent. Les Etats-Unis vont devoir tôt ou tard s’emparer de la question de la dette publique, qui constitue une charge de plus en plus lourde pour leur économie. Si la croissance économique ne repart pas d’ici là, les Etats-Unis pourraient connaître un problème de soutenabilité de leur dette.