Qui peut sauver le célèbre bol breton?

ÉCONOMIE 'entreprise qui commercialise ce bol traditionnel, avec prénom personnalisé et anses en forme d'oreilles, va savoir ce lundi si elle peut trouver un repreneur…

Thibaut Schepman

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Bols à oreilles produit par la faïencerie HB-Henriot à Quimper.
Bols à oreilles produit par la faïencerie HB-Henriot à Quimper. — DR

C’est une journée décisive pour le patrimoine breton, et pour ceux qui tiennent leur bol par «les oreilles» en buvant leur café. Les faïenceries HB Henriot de Quimper, qui fabriquent le célèbre «bol breton» reconnaissable par ses anses, vont en effet connaître ce lundi 4 juillet l’issue de leur procédure de redressement entamée depuis le 4 février 2011.

Le tribunal de commerce de Quimper va étudier ce lundi à huis clos les dossiers des trois candidats à la reprise de l’entreprise, dont les identités n'ont pas été dévoilées. A l'issue de la réunion, le tribunal fera connaître le choix du repreneur, à moins qu'il ne mette sa décision en délibéré ou, ultime éventualité, prononce une liquidation judiciaire qui menacerait l'emploi des 49 salariés de l'entreprise. Ce serait alors la fin de cette faïcence bretonne traditionnelle, reconnaissable par ses danseurs dessinés à la main au fond du bol et un prénom calligraphié à la main sur son côté.

Concurrence chinoise

Fondées en 1690 à Quimper, les faïenceries Henriot ont compté dans les années 1930 et 1940 plusieurs centaines d'employés. Ces dernières années, soumise à la concurrence de produits industriels, notamment chinois, où la peinture à la main a été remplacée par des décalcomanies, et subissant une désaffection de ses clients nord-américains, l'entreprise a connu des difficultés récurrentes.

En 1983, après un premier dépôt de bilan, les faïenceries  avaient été rachetées par Paul Janssens, un Américain représentant la marque aux Etats-Unis, où elle a réalisé jusqu'à 25% de ses ventes. Celui-ci redonnera des couleurs à l'entreprise avant de partir à la retraite et de la revendre en 2003 à un entrepreneur du Finistère qui devra faire face quatre ans plus tard à de nouvelles difficultés, qui se sont soldées par un plan social de vingt personnes, ramenant l'effectif à 51 employés.

Bijoux de fantaisie et cochon-tirelire

Depuis, les différentes tentatives pour redresser HB Henriot, comme la création de nouvelles collections et de bijoux de fantaisie, n'ont pas permis à cette société de retrouver l'équilibre, malgré un chiffre d'affaires annuel d'environ deux millions d'euros. Petite consolation: la dernière initiative des faïenceries, la vente en ligne d'un cochon-tirelire décoré du Gwen Ha Du, le drapeau breton, a été un franc succès. «Nous en avons vendu 2.000, exclusivement par Internet, en quelques semaines», dit Eric Ligen, porte-parole de l'entreprise.

Malgré ses difficultés économiques, l'entreprise jouit d'un prestige toujours aussi fort, en France comme à l'étranger. Sa fermeture serait une lourde perte pour Quimper, alors que 30.000 à 40.000 personnes visitent ses ateliers chaque année. «En 2010, nous avons racheté les locaux pour éviter une opération immobilière et montrer notre attachement à cette activité qui est très liée à la ville et que nous souhaitons conserver à cet endroit», avance Bernard Poignant, le maire de Quimper. Avant de rappeler: «Mais c'est le tribunal qui va décider».