Le géant russe Gazprom, triomphant, voit de nouveaux horizons s'ouvrir

© 2011 AFP

— 

La page de la crise est définitivement tournée pour le géant russe Gazprom et de nouveaux horizons s'ouvrent à lui, dans un monde ébranlé par la catastrophe nucléaire au Japon et où la demande en gaz ne cesse de croître, a assuré jeudi son patron, Alexeï Miller.

S'exprimant devant les actionnaires du groupe, réunis à Moscou pour son assemblée générale annuelle, le PDG a dressé un bilan triomphal de l'année écoulée et assuré que "de nouveaux horizons" s'ouvraient pour Gazprom, empire bâti sur des structures de production datant de l'époque soviétique et détenant 18% des réserves mondiales de gaz.

En 2010, le groupe a observé une nette hausse de sa production et de ses résultats, enregistrant un bénéfice net colossal de près de 24 milliards d'euros et effaçant les mauvais souvenirs de 2009, année de la crise économique.

"Sur le principal marché d'exportation de Gazprom, l'Europe, la demande s'est rétablie après la crise plus rapidement que ce que prévoyaient même les plus optimistes", a-t-il souligné.

Au premier trimestre 2011, les livraisons de gaz sur l'ensemble des marchés étrangers de Gazprom ont augmenté de 26% par rapport à la même période de l'année précédente, a-t-il par ailleurs indiqué.

Et ce n'est pas fini, selon M. Miller. "Sur les marchés énergétiques, de véritables mouvements tectoniques ont lieu", a-t-il constaté.

Un véritable bouleversement s'est produit avec la catastrophe à la centrale japonaise de Fukushima, poussant plusieurs pays, dont l'Allemagne, à revoir leurs programmes nucléaires.

Dans ce contexte, Gazprom a indéniablement une carte à jouer. "Les projets de participation de Gazprom dans la production d'électricité en Europe bénéficient d'un second souffle", a affirmé M. Miller.

"Nous étudions toute une série de possibilités pour entrer dans des projets qui nous permettront de créer une nouvelle demande pour notre gaz et de recevoir de nouveaux revenus de nos ventes d'électricité", a-t-il ajouté.

"L'Allemagne est le marché le plus attractif. Les plans de Gazprom en Allemagne sont très sérieux", a-t-il dit.

Berlin a annoncé le 30 mai sa décision d'arrêter ses derniers réacteurs nucléaires en 2022, et Gazprom envisage de participer à des projets de construction de centrales à gaz dans ce pays.

Le groupe a déjà "une grande expérience en la matière", a assuré M. Miller. Pour preuve, selon le responsable, Gazprom a mis en exploitation jeudi un nouveau bloc dans une centrale à gaz à Moscou, une procédure retransmise en direct devant les actionnaires du groupe.

Le géant russe est aussi sur le point de prendre le contrôle de la société bélarusse Beltransgaz qui transporte du gaz russe vers l'Europe, a observé M. Miller.

"Nous menons des négociations pour l'achat de 50% de Beltransgaz pour 2,5 milliards de dollars", a déclaré M. Miller.

Par ailleurs, le développement économique fulgurant en Asie est de bon augure pour le groupe.

L'usine de liquéfaction de gaz construite dans le cadre du projet Sakhaline-2 en Extrême-Orient russe, a permis d'approvisionner le Japon, la Corée du Sud, l'Inde et la Chine, pays avec lesquels Gazprom négocie de nouveaux contrats.

"Nous créons de nouveaux vastes marchés qui permettront de multiplier le volume des exportations par au moins 1,5", a estimé M. Miller.

Petite ombre au tableau, le contrat gazier en négociations depuis plusieurs années entre Moscou et Pékin, qui prévoit des livraisons de gaz russe à la Chine de quelque 70 milliards de mètres cubes par an sur les trente prochaines années et qui n'a toujours pas été signé.

Mais il y a "des désaccords de principe", a observé M. Miller, expliquant qu'il était d'une importance cruciale pour Gazprom que les prix soient les mêmes que ceux pratiqués sur le marché européen.