Salon du Bourget: la guerre des drones est déclarée

© 2011 AFP

— 

Sommés par l'Elysée de s'entendre sur un projet de drone de combat commun, Dassault et EADS sont loin d'avoir enterré la hache de guerre, rivalisant d'arguments, de maquettes et d'engins rutilants sur les stands du Salon du Bourget.

Tout se passe même comme si l'appel du président Nicolas Sarkozy à "cesser" les "guéguerres franco-françaises", lancé lundi à l'ouverture du salon, avait réveillé les ardeurs.

Deux projets sont en lice pour le futur drone de combat européen que les spécialistes baptisent Male pour "moyenne altitude, longue endurance" et qui sera vraisemblablement armé de missiles et de bombes. Un de trop, selon l'Elysée et le ministre de la Défense Gérard Longuet qui n'en veulent qu'un.

Dans les années 80, les appétits industriels avaient conduit à l'émergence de deux avions de combat européens, le Rafale du français Dassault Aviation et l'Eurofighter, et c'est précisément la répétition de cette rivalité fratricide que l'Etat français veut à tout prix éviter.

Sur le terrain des avions sans pilote, l'industrie européenne s'affronte par mythologie grecque interposée; Telemos, le devin qui avait offert une victoire à Ulysse, projet porté par Dassault Aviation et British Aerospace (BAe), s'oppose à Talarion, du nom des sandales ailées d'Hermès, un projet défendu par l'européen EADS associé depuis peu à Turkish Aerospace Industries.

Le premier a l'avantage d'être dans l'air du temps. Le 2 novembre, Nicolas Sarkozy et le Premier ministre britannique David Cameron ont signé le traité de Lancaster House. L'un des points forts de cet accord de défense est l'engagement des deux Etats à développer ensemble la prochaine génération de drones.

Chez Dassault Aviation, on se plaît à rappeler que ce traité n'a pas été attendu pour entamer, dès mars 2011, une collaboration "à 50/50" avec BAe sur Telemos. Et l'on se fait fort aussi de développer en cinq ans un engin opérationnel pour 500 millions d'euros à la charge de chacun des deux Etats partenaires.

A la veille du Bourget, le directeur international de l'avionneur français, Eric Trappier avait expliqué que les "locomotives du projet", Dassault et BAe, "ne rejetteront pas à priori" les équipements et prestations qu'EADS pourrait fournir... EADS, le groupe européen, leader mondial devant Boeing, se voyait ainsi offrir généreusement un second rôle, celui de fournisseur.

Chez EADS, naturellement, on ne l'entend pas de cette oreille. "Je fais campagne pour un drone qui réunisse quatre ou cinq pays européens", a déclaré à l'AFP le PDG du groupe Louis Gallois.

"Ce serait un problème si Français et Britanniques définissaient toutes les spécifications et disaient aux autres, c'est à prendre ou à laisser", fait-il valoir.

Louis Gallois, pour qui Dassault n'est qu'"un des acteurs du drone en Europe", estime qu'un programme européen ne serait "absolument pas utopique" et présenterait l'avantage de partager les coûts de développement.

Son groupe se prévaut d'être "le seul en Europe à avoir un retour opérationnel" sur ce créneau, en Afghanistan notamment, avec le déploiement de ses Harfang -conçus sur une base israélienne- ou de ses DRAC, mini-drones de reconnaissance.

Quelque 200 ingénieurs planchent d'ores et déjà dans ses bureaux d'études sur Talarion, un projet dont EADS évalue à 1,2 milliard le coût de développement. "On envisage un premier vol en 2014 et une première livraison de série en 2017", précise-t-on chez le constructeur.

L'enjeu est immense sur un marché monopolisé jusqu'à présent par les Américains et les Israéliens. Un cabinet, Strategy Analytics, a évalué à près de 64 milliards de dollars, le marché sur la décennie 2011-2021.