Assemblée générale sous haute tension à Carrefour, les actionnaires votent sur la scission ou non de Dia

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Voteront, voteront pas ? Les actionnaires de Carrefour sont appelés à approuver mardi lors d'une assemblée générale qui s'annonce houleuse la scission totale de la filiale de hard discount Dia, une opération dénoncée par les syndicats qui crient au "démantèlement".

Le vote "pourrait être l'occasion pour nombre d'actionnaires d'exprimer leur courroux. Et le risque d'un vote sanction est loin d'être nul", prévient dans une note Christian Devismes, analyste du Crédit Mutuel-CIC, alors que Carrefour accumule les déconvenues et les avertissements sur résultat. Les syndicats appellent les actionnaires à rejeter la scission de Dia ainsi qu'à refuser la cotation d'un quart de la foncière Carrefour Property, laquelle ne sera finalement pas proposée à l'AG.

Manifestation

Ils appellent les salariés à manifester devant l'assemblée générale, pour exprimer "le refus de voir démanteler le groupe au seul bénéfice de l'actionnaire". Si la scission de Dia "est présentée à l'AG, c'est que ça va passer", prévoit toutefois Fabrice Rémon, directeur général du cabinet de conseil aux actionnaires Deminor. "Les entreprises sont suffisamment prudentes pour ne pas se prendre une veste".

Et les actionnaires pourraient être sensibles aux rumeurs d'OPA sur Dia après sa mise en Bourse, susceptibles de doper l'action. "Nous soutiendrons la scission de Dia", a indiqué à l'AFP David Trenchard, vice-président du fonds activiste Knight Vinke, qui a en revanche fait campagne contre la scission de la foncière Carrefour Property. "La scission de Dia a plus de chances de passer que le projet qui maintenant semble enterré" de cotation des murs, estime Renaud Murail, gérant d'actions chez Barclays Bourse, pointant "une volonté de créer rapidement de la richesse mais dans l'urgence".

Les deux principaux actionnaires de Carrefour, le fonds Colony Capital et l'homme d'affaires Bernard Arnault (14% du capital et 20% des droits de vote à eux deux), sont généralement considérés comme les promoteurs des scissions pour compenser une moins-value sur leur investissement. Depuis leur entrée au capital du numéro deux mondial de la distribution en mars 2007, le cours de Carrefour a fondu de moitié. La direction de Carrefour a "les bras liés par les deux actionnaires financiers", selon Fabrice Rémon.

Démission d'un dirigeant

Mardi, la scission de Dia, se jouera en deux temps. D'abord, avec une résolution extraordinaire (numéro 5), nécessitant les deux tiers des votes présents ou représentés, qui modifiera les statuts de Carrefour pour permettre de verser un dividende exceptionnel sous forme d'actions. Ensuite, avec une résolution ordinaire (numéro 7), requerrant la majorité simple des voix, pour attribuer une action Dia par action Carrefour détenue, en vue d'une cotati on à Madrid le 5 juillet. L'opération, qui devrait valoriser Dia à 4 milliards d'euros avec une dette de 800 millions d'euros, ne rapportera donc rien à Carrefour.

La scission "est une étape importante créatrice de valeur pour Carrefour, pour Dia, ainsi que pour tous ses actionnaires", a assuré en mai le directeur général de groupe Lars Olofsson. M. Devismes relève néanmoins le "risque de servir Dia sur un plateau à la concurrence". "Je m'interroge sur l'intérêt de perdre le contrôle sur un métier qui a l'air d'avoir beaucoup de potentiel", renchérit Fabrice Rémon. Parmi les autres résolutions soumises à l'AG, la nomination au conseil d'administration de Mathilde Lemoine, pour remplacer Jean-Martin Folz, qui a démissionné le jour de la présentation des projets de scission, un départ interprété comme un désaveu de cette stratégie. Dia ne pèse que 10% des ventes de Carrefour. Le principal enjeu pour le groupe reste le redressement de ses hypermarchés européens à travers son nouveau format en cours de déploiement Carrefour Planet, que les analystes de Citi qualifient d'ores et déjà de "déception".