Naissance de Finance Watch, le premier contrepoids au lobby bancaire européen

INTERVIEW Les explications de Pascal Canfin, député européen, à l'origine de la création de cette organisation...

Propos recueillis par Thibaut Schepman

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: Le député européen Europe-Ecologie (EE), Pascal Canfin  (C), s'exprime lors d'une conference de presse au côté de Pierre  Larrouturou, tête de liste Europe-Ecologie dans les Hauts-de-Seine pour  les élections régionales, le 21 janvier 2010 à Paris.
: Le député européen Europe-Ecologie (EE), Pascal Canfin (C), s'exprime lors d'une conference de presse au côté de Pierre Larrouturou, tête de liste Europe-Ecologie dans les Hauts-de-Seine pour les élections régionales, le 21 janvier 2010 à Paris. — AFP PHOTO / BORIS HORVAT

Devenir un «contre-lobby» face au lobby bancaire. C’est l’objectif de Finance Watch, une organisation qui naît officiellement ce jeudi 30 juin. L’initiative vient de Pascal Canfin, député européen (Europe Ecologie-Les Verts) et rapporteur parlementaire de plusieurs textes sur la régulation financière en Europe. Il détaille ce projet à 20Minutes.

Pourquoi, en tant qu’élu européen, avez-vous souhaité et encouragé la naissance d’un lobby comme Finance Watch?

Depuis le début de mon mandat, en juin 2009, j’ai été frappé de voir que je n’ai quasiment jamais été sollicité par des organisations souhaitant exercer un contre-pouvoir financier. Et ce parce qu’aujourd’hui, aucune organisation de la société civile n’a comme mission de contrer le pouvoir des banques, des gestionnaires de fonds, des hedge funds, bref de la finance de marché…

C’est un peu comme si le débat social se faisait sans syndicats, ou si le débat sur le nucléaire se faisait sans Greenpeace! Si nous devions organiser un Grenelle de la Finance, ce qui serait légitime après une telle crise, il n’y aurait tout simplement aucun contre-pouvoir à inviter pour défendre un avis différent devant les responsables politiques. 

Sur ces questions, le rapport de force entre les banquiers (fédérations nationales des banques, associations des gestionnaires de fonds etc...) défendant leurs intérêts et les élus pas toujours informés est très défavorable aux parlementaires. J’ai donc voulu qu’il existe un contre-pouvoir. Je précise toutefois que je resterai éloigné de ce lobby dès sa création, pour préserver mon indépendance d’élu.

Comment se manifeste ce lobbying bancaire?

Les représentants du monde bancaire sont présents dans la plupart des débats. Par exemple, les experts qui conseillent la Commission européenne sur ces questions sont quasiment tous liés à des entreprises bancaires. Ce sont donc ceux qui sont responsables de la crise - et qui seraient perdants en cas de réforme - qui conseillent la Commission! C’est ainsi qu’ils parviennent à structurer tout le débat dans le sens de leurs arguments, et à mettre un frein permanent à la dynamique de réformes enclenchée depuis la crise.

Quelles seront les modes d’actions de Finance Watch?

Il s’agit d’être présent sur les questions d’actualité, tout au long du processus législatif. Par exemple, si l’on négocie une réforme, une nouvelle réglementation bancaire et que les banques assurent que tel ou tel article du projet risque de nuire aux épargnants ou aux entreprises qui empruntent, Finance Watch sera là pour vérifier l’information. Il s’agira aussi d’alerter l’opinion publique sur des questions tabous mais qui concernent chacun de nous. Pourquoi des banques qui collectent l’argent des Français sont toujours autorisées à avoir des filiales dans les paradis fiscaux? Pourquoi les montants des bonus et primes n’ont pas baissé dans ce secteur? Ou pourquoi n’a-t-on rien prévu pour sauver les grandes banques, comme BNP Paribas, en cas de faillite alors qu’à l’heure actuelle une crise dans cette banque entraînerait la France dans la tourmente?